Campagne de sensibilisation: Des personnes séropositives en tête d’affiche
Les organismes de lutte contre le sida ont décidé de jouer d’audace. Après avoir fait appel à des personnalités publiques comme Véronique Cloutier et Mario Dumont pour dénoncer la discrimination dont sont victimes les personnes atteintes du virus VIH/sida, ils ont demandé, cette année, à de véritables personnes séropositives d’être les têtes d’affiche de leur campagne annuelle de sensibilisation.
«Le VIH n’empêche pas de vivre une vie remplie et de contribuer à la société», a affirmé jeudi le directeur général de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA), Ken Monteith. Selon lui, la discrimination à l’endroit des personnes séropositives a principalement lieu sur le marché du travail, où elles perdent leur emploi ou elles peinent à en dénicher un. «C’est intolérable dans notre société», a ajouté M. Monteith.
Bruno, un organisateur communautaire de Montréal qui fait présentement un doctorat en sciences humaines, est l’une des six personnes ayant accepté de parler publiquement de sa maladie. «J’ai pris le temps d’y réfléchir, a confié le jeune homme de 29 ans qui est séropositif depuis une décennie. Une fois que c’est sorti, on ne sait jamais quand ça peut nous retomber dessus. Je suis bien soutenu par mon entourage alors j’ai la possibilité de le faire. Ça ne devrait pas être un enjeu de faire le dévoilement de son statut sérologique.»
Emelyne a peu hésité avant de donner son accord. «Je me sentais privilégiée de pouvoir représenter d’autres personnes séropositives, a mentionné l’animatrice d’un organisme montréalais de prévention contre la toxicomanie. Je vois qu’il y a beaucoup de discrimination et il faut que ça change. Je veux briser les tabous.»
Les deux porte-parole de la campagne de la COCQ-sida s’entendent pour dire que davantage d’informations mises à jour doivent être transmises tant aux plus jeunes qu’aux plus âgées. «C’est triste et choquant de voir des gens de ma génération qui ne savent pas ce que c’est le sida», a dit Emelyne, qui croit que les cours d’éducation à la sexualité doivent être de nouveau donnés dans les écoles.
Bruno pense de son côté qu’il faut que les campagnes de peur cessent. «Il faut parler de manière beaucoup plus positive de la sexualité pour que les gens puissent prendre leur santé en charge, plaide-t-il. Le fait de savoir que ma charge virale indétectable rend presqu’impossible la possibilité que je transmette le VIH a changé ma perception de moi-même.»
Un sondage réalisé en octobre par l’Agence de la santé du Canada rapportait que 63% des Canadiens croient que le virus du VIH/sida peut être transmis lors d’une relation sexuelle entre un homme et une femme, contre 76% en 2006.
Si les gens ne sont pas bien informés, c’est entre autres attribuable au fait que les gouvernements se sont désengagés de la lutte contre le VIH/sida, croit Ken Monteith. «Ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu de campagne de sensibilisation de la part des gouvernements, rapporte-t-il. En l’absence d’information, les gens auront les mêmes préjugés que dans les années 1980, alors que ce n’est pas la réalité d’aujourd’hui.»
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