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Justin Trudeau nie que son bureau a fait pression sur Jody Wilson-Raybould 

Justin Trudeau nie que son bureau a fait pression sur Jody Wilson-Raybould 
Justin Trudeau. THE CANADIAN PRESS/Nathan Denette

OTTAWA — Justin Trudeau nie les «allégations» voulant que son bureau ait fait pression sur l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, afin qu’elle intervienne pour éviter à SNC-Lavalin un procès pour fraude et corruption. Il assure que personne n’a «donné de directives».

Le quotidien The Globe and Mail a rapporté jeudi que la garde rapprochée du premier ministre a tenté de la convaincre de demander au Service des poursuites pénales du Canada (SPPC) de conclure une entente avec la firme d’ingénierie.

Mais la ministre Wilson-Raybould a refusé de donner à la directrice des poursuites pénales, Kathleen Roussel, la consigne de négocier un «accord de poursuite suspendue» avec SNC-Lavalin, selon des sources anonymes qui se sont confiées aux journalistes du Globe and Mail.

«Les allégations dans le reportage de ce matin sont fausses. Ni moi, ni mon bureau, n’avons demandé au procureur général actuel ou antérieur de prendre quelque décision que ce soit dans cet enjeu», a tranché Justin Trudeau en marge d’une annonce en Ontario, jeudi.

Il n’a pas dérogé de cette réponse, et a répété le terme «donné de directives» («direct», en anglais), lorsqu’on lui a demandé s’il était prêt à aller jusqu’à nier catégoriquement que son bureau avait tenté d’influencer ou de faire pression sur l’ancienne ministre de la Justice.

L’entreprise montréalaise est accusée de fraude et de corruption par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Selon la police fédérale, SNC-Lavalin aurait notamment versé 47,7 millions $ à des titulaires de charges publiques en Libye dans le but de les influencer.

Les accords de poursuite suspendue permettent de suspendre des poursuites pénales contre des entreprises. En échange, celles-ci admettent les faits, puis acceptent de «payer une pénalité financière importante et coopérer avec les autorités», selon un site gouvernemental.

Au bureau de la ministre Wilson-Raybould, qui est maintenant titulaire du dossier des anciens combattants, on n’a pas souhaité réagir à ces informations. Elle n’a «aucun commentaire à émettre sur cette histoire», a écrit son attaché de presse, Alex Wellstead.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a été sans appel: il ne croit pas Justin Trudeau, et la formation étudie «toutes les options» pour aller au fond des choses.

«On a entendu le premier ministre utiliser les lignes tellement préparées, clairement, par des avocats, dans un langage très, très légal», a-t-il exposé en point de presse dans le foyer des Communes.

«Ce qui est peut-être encore plus choquant, c’est que le premier ministre semble avoir mis à la porte sa ministre de la Justice pour avoir refusé de se soumettre à ses demandes», a avancé M. Scheer, concédant qu’il n’a pas de preuves lui permettant d’en venir à cette conclusion.

En janvier dernier, celle qui aura été la première Autochtone à se retrouver à la barre du prestigieux et important ministère de la Justice du Canada a perdu du galon dans le cabinet du gouvernement de Justin Trudeau.

Sa rétrogradation avait causé une certaine surprise.

Car la plupart des observateurs s’attendaient à un léger remaniement, lequel avait essentiellement été effectué pour combler le vide laissé par la démission du ministre Scott Brison.

À Rideau Hall, Jody Wilson-Raybould avait plaidé qu’elle ne considérait pas son nouveau poste comme moins prestigieux que le précédent.

En revanche, sur son site internet de députée, elle avait publié ce même jour une déclaration pour défendre son bilan et faire un inventaire de ses réalisations et des dossiers qu’elle a pilotés — une démarche inhabituelle.

Cette déclaration datée du 14 janvier dernier comportait par ailleurs des propos qui en ont laissé plusieurs songeurs.

«Le rôle du procureur général du Canada vient avec des responsabilités uniques en matière de respect de la primauté du droit et de l’administration de la justice, et par conséquent, il exige un certain niveau d’indépendance basée sur des principes», peut-on y lire.

«Il a donc toujours été clair pour moi que le procureur général du Canada doit être non partisan, plus transparent quant aux principes qui régissent la prise de décision, et en ce sens, toujours être prêt à dire la vérité aux personnes en position de pouvoir», est-il aussi écrit dans cette entrée web.

Le SPPC «est une autorité de poursuite nationale, indépendante et responsable, dont l’objectif principal est de poursuivre les infractions fédérales et de fournir des conseils juridiques et de l’aide aux organismes d’application de la loi», peut-on lire sur le site web de l’organe.

Sauf en ce qui a trait aux affaires relevant de la Loi électorale du Canada, le procureur général du Canada peut donner au directeur des poursuites pénales «des directives au sujet d’une poursuite ou prendre en charge une poursuite», précise-t-on.

Les directives doivent être données par écrit et publiées dans la Gazette du Canada.