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Plus de pouvoirs aux super infirmières: les infirmières enthousiastes, les médecins réticents

Plus de pouvoirs aux super infirmières: les infirmières enthousiastes, les médecins réticents
Photo: Métro

Donner plus d’autonomie aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS), couramment appelées les «super infirmières», pourrait être une des solutions pour désengorger le réseau de la santé de première ligne, croit la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. Les organisations représentant les infirmières voient d’un bon œil cet élargissement des pouvoirs.

«C’est un bel aboutissement après 15 ans de travail, a déclaré la présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ), Christine Laliberté. On accueille ça à bras ouverts.»

À ses yeux, ce changement fera une «grande différence» dans l’accès aux services de santé pour la population, mais aussi dans le quotidien des médecins et des infirmières.

En ce moment, le règlement stipule qu’un patient vu par une IPS doit rencontrer un médecin dans les 30 jours suivant sa visite. La présidente de l’AIPSQ juge que cela crée un dédoublement des rendez-vous médicaux, résultant dans un «engorgement» de la première ligne.

Pour sa part, le président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), Luc Mathieu, ajoute que plusieurs médecins et infirmières réclament d’élargir ou d’éliminer complètement ce délai. «Ça rend le processus plus irritant, moins fluide», a-t-il illustré.

Actuellement, les IPS doivent s’en remettre à un médecin afin d’émettre un diagnostic. Or, selon Christine Laliberté, il s’agit d’une manière de jouer sur les mots.

«Quand on voit des patients, on a une hypothèse en tête pour prendre nos décisions finales. C’est déjà ce qu’on fait, mais on n’a pas le droit de le dire», a-t-elle mentionné.

La présidente de l’AIPSQ souligne que les IPS passent par le même cheminement et le même guide pratique, mais que la distinction réside principalement dans le fait que les médecins peuvent avoir des cas plus complexes.

«Si la loi passait demain, pour nous, au quotidien, ça ne changerait aucunement notre travail. On est prêtes», a-t-elle déclaré.

L’OIIQ et l’AIPSQ disent n’avoir aucune inquiétude à propos de cette initiative de la ministre McCann.

«Pour l’instant, c’est une idée seulement. Si ça se concrétise, c’est certain qu’il faudra voir les tenants et aboutissants, mais on n’a pas d’inquiétudes», a estimé M. Mathieu.

La présidente de l’AIPSQ a pour sa part dit que son association avait «entièrement confiance en la ministre».

«Elle a un dossier étoffé, elle s’est positionnée. Elle a été assez claire sur le fait qu’elle allait l’imposer s’il n’y avait pas de collaboration du côté du Collège des médecins», a-t-elle exprimé.

Réticence
Justement, le Collège des médecins accueille cette initiative «de façon positive», dans l’optique de rendre plus accessible l’accès aux soins. Par contre, c’est sur les moyens de faire qu’ils ne s’entendent pas.

«Lorsqu’elle [la ministre Danielle McCann] parle de la nécessité que les IPS participent plus, ce n’est pas là où on ne s’entend pas bien, a laissé savoir le président du Collège des médecins, le Dr Mauril Gaudreault. On n’est pas sur la même longueur d’onde pour l’autonomie complète et la possibilité de poser un diagnostic.»

M. Gaudreault a évoqué que son ordre allait émettre ce vendredi une série de propositions. «Ce que je suggère, c’est un peu de patience, qu’ils attendent ce qu’on va proposer», a-t-il demandé.