«Idle No More»: dans les coulisses à Ottawa
OTTAWA – Un espoir serein habitait Ovide Mercredi, alors qu’il menait, mercredi soir, deux de ses collègues chefs autochtones vers le bureau du bras droit du premier ministre Stephen Harper.
Moins de 48 heures plus tard, cependant, M. Mercredi serait amèrement déçu d’un gouvernement qui, dit-il, manquait du gros bon sens nécessaire pour éviter de frustrer les autochtones d’un océan à l’autre.
M. Mercredi, l’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations; le militant métis Perry Bellegarde et le chef régional de la Colombie-Britannique Jody Wilson Raybould ont rencontré, pendant une heure, le chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, dans une tentative d’obtenir une rencontre élargie avec M. Harper.
En vain.
M. Mercredi a ainsi offert, vendredi, des détails sur les négociations en coulisses qui ont mené à la rencontre entre M. Harper et un groupe de chefs autochtones beaucoup plus petit que prévu, derrière les portes closes de son bureau sur la colline parlementaire.
Aux dires de l’ex-chef national, les manifestations de vendredi et la frustration qui les sous-tend auraient pu être évitées si M. Harper avait simplement voulu accepter la proposition modeste consistant à élargir le spectre de la rencontre, et permettre au gouverneur général David Johnston d’au moins assister à une partie de celle-ci.
Lors des discussions précédant la rencontre, le gouvernement a malgré tout fait quelques concessions, a indiqué le grand chef Doug Kelly, de la Première Nation Summit, en Colombie-Britannique. Ottawa a ainsi accepté d’élargir l’ordre du jour au-delà des négociations concernant les traités et du développement économique, tel que proposé au départ, et discuter des dossiers du logement, des femmes autochtones assassinées et disparues, ainsi que de l’impact environnemental des lois budgétaires conservatrices.
Le Bureau du premier ministre n’a toutefois pas cédé sur la structure de la rencontre, un point crucial pour plusieurs bandes du centre de l’Ontario et du Manitoba dont les traités ont été signés par un représentant de la reine.
Selon M. Mercredi, l’objectif était d’obtenir la participation du gouverneur général. Lorsque les autres chefs ont appris que cela ne serait pas le cas, ils ont laissé éclater leur colère.
«Voilà pourquoi les gens sont dans la rue, à manifester. C’est parce que le gouvernement n’écoute pas», a indiqué M. Mercredi.
À ses yeux, la réunion aurait dû regrouper 300 délégués des Premières Nations, le premier ministre, le gouverneur général et plusieurs ministres, en plus d’être diffusée à la télévision.