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Protection de la jeunesse: des toutous pour sensibiliser les élus

Protection de la jeunesse: des toutous pour sensibiliser les élus
Photo: Josie Desmarais/MétroL'APTS, qui représente les intervenants dans les centres jeunesse, enverra des toutous à tous les députés québécois pendant l'été. Les peluches portent des noms et représentent des types de dossier à la DPJ.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) lance la campagne «Toutou cherche député d’accueil» auprès des députés québécois afin de s’assurer que les besoins des intervenants, tout comme les enfants, ne tombent pas dans l’oubli durant la période estivale et que des mesures immédiates doivent être prises.

«Le premier ministre a annoncé qu’il y aurait un avant et un après Granby, et on veut y croire, a déclaré mercredi la présidente de l’APTS, Carolle Dubé, en ouverture du conseil général. On veut y croire, mais on tape le clou et on dit que ça prend des moyens dès maintenant.»

Pour son opération de visibilité, l’APTS, qui représente 90% des intervenants dans les centres jeunesse à travers le Québec, sollicite ses membres, afin que ceux-ci remettent une peluche aux 125 députés à travers la province.

Ces toutous, accompagnés de notes biographiques de véritables dossiers d’enfants confiés à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), serviront de rappel quant à «l’urgence de la situation, mais aussi à leurs responsabilités envers tous les enfants du Québec».

«Un toutou, ça se met bien mal sous une pile de dossiers», a illustré pour sa part le vice-président de l’APTS, Stephen Léger.

Bien que l’APTS «se réjouisse» de la création de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, sa présidente a martelé que les intervenants ne peuvent attendre la fin de celle-ci pour voir du changement.

«Ils ont besoin d’être soutenus, mieux équipés, d’avoir plus de ressources. 18 mois d’attente, c’est trop long», a évoqué Mme Dubé.

Elle a cité, entre autres, les problèmes de surcharge et de pénurie, mais aussi de liste d’attente qui font tous partie du quotidien des intervenants et à cause desquels un autre drame pourrait se produire «demain matin».

«Rien n’a changé sur le terrain. Granby, ça pourrait se passer partout, personne n’est à l’abri, mais personne ne veut revivre ça. Il faut donner les moyens à ces gens-là de bien intervenir pour que plus jamais on n’ait à revivre ce qui s’est passé à Granby», a-t-elle soutenu.

Une somme de 18M$ a été débloquée dans le dernier budget, pour embaucher du personnel et assurer un meilleur encadrement aux intervenants. Or, l’APTS chiffre plutôt à 270M$ ses besoins, compte tenu du nombre de signalements «beaucoup plus élevés».

«Ils sont plus importants, mais nos ressources, elles, n’ont pas augmenté», a précisé Mme Dubé.

Selon les informations obtenues par Métro, le nombre de signalements reçus est passé de 8862 en 2014 à 10 903 en 2018. Pour les quatre premiers mois de 2019, déjà, on recense 3826 signalements.

Le taux de roulement des intervenants à la DPJ, lui, est passé de 4.83% en 2014-2015 à 9,03% en 2018-2019

Même si la période estivale et une possible «baisse d’intérêt» inquiètent l’APTS, la présidente a jugé qu’il y a de l’espoir d’avoir une annonce en ce sens d’ici la fin de l’été, car même si les travaux parlementaires de l’Assemblée nationale prennent fin cette semaine, il restera un conseil des ministres prévu en juillet.

«Je ne peux pas vous dire le nombre, mais c’est certain qu’en ce moment, au Québec, il y a des enfants qui sont en danger parce que nos intervenants ne peuvent pas en faire plus. Granby, ce n’était pas la première fois, mais honnêtement, on espère que ce sera la dernière», a espéré la présidente.