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Réécrire l’Histoire 

Frédéric Bérard

Un ancien étudiant, Vincent Labrecque, m’avait mis au parfum: «Il y a un monument à Budapest qui réécrit l’histoire, monument érigé par Victor Orban. Celui-ci représente la Hongrie en tant que victime du nazisme, une tentative évidente de la droite de réécrire l’histoire, similaire à la situation en Pologne. Mais ce qui est beau dans ce monument, c’est que des gens ordinaires partagent des témoignages et des photos de ce qui s’est réellement produit ici durant la guerre.»

Certes une bonne idée, me dis-je. Parce que si le populisme et l’extrême droite se portent aussi bien aujourd’hui, n’est-ce fort essentiellement en raison de cette nouvelle ère de désinformation, de fake news, et autres propagandes? D’aucuns le croiraient.

C’est cela dit par pur hasard que je tombe sur l’endroit, minuscule et minimaliste, en question. Ma fille, apprentie cinéaste, filmant tout ce qu’elle trouve sur son passage, me lance: «Regarde papa, des vieilles valises. C’est sûrement une commémoration de l’Holocauste.» Encore bouleversés de notre récente visite à Auschwitz, disons que la simple vue d’effets personnels du type amène notre esprit à reconstituer le pire, cette fois à juste titre. Il s’agit effectivement de l’espace «commémoratif» dont parlait Labrecque.

D’abord, que, contrairement à ce qu’indique le monument à Budapest, JAMAIS le territoire hongrois n’a été occupé par les nazis.

Tout juste devant un monument où règnent un immense aigle et (apparemment) l’ange Gabriel s’érige une ligne de valises, de lettres et de photos des années 1930-1940. L’idée? Contester, avec véhémence, cette réécriture de l’histoire en présentant les faits. Les seuls.

D’abord, que, contrairement à ce qu’indique le monument en question, JAMAIS le territoire hongrois n’a été occupé par les nazis. Parlons plutôt d’une alliance formelle entre le Troisième Reich et la Hongrie. L’arrivée des troupes d’Hitler consistait ainsi uniquement en une opération militaire, et en rien d’autre.
Ensuite, et comme le rappelle la plaque officielle des récriminations: «There were innocent as well as guilty Hungarians. The Hungarian administration and numerous Hungarian civilians actively participated in the denunciation, deportation and occasionally the massacre of 470 000 Jewish, 15 000 gypsy and several thousands of homosexual Hungarians.» Ouch.

Troisièmement, que «the first step of the protest was to show up a real memorial, in contrast with this phoney monument to reveal the fact that it is constantly falsifying history. This is why survivors, their descendants and sympathizing citizens have brought here their personal objects, pebbles, photos, documents, candles as a Living Memorial of Rememberance.» Re-ouch.

C’est ainsi que depuis maintenant cinq ans, chaque fin d’après-midi, des militants envahissent l’endroit à coups de chaînes humaines, de discours et de chansons, afin de contester, avec opiniâtreté, la révision de l’histoire proposée par le gouvernement hongrois.

***

Pourquoi cette histoire, ici et maintenant? Parce que, plus que jamais, l’Occident doit composer avec une novlangue et des néologismes imposés dans la sphère politico-médiatique, semant dès lors les graines du néo-populisme, voire de l’extrême droite. Toutes proportions gardées, et sans référer à ce qui précède (lâchez-moi la grappe avec votre point Godwin), on nous parle sans gêne ni complexe de «racisme antiblanc», comme si le concept avait déjà existé en sociologie. Idem pour le prétendu «antiracisme radical». Comme si l’intransigeance face à ce même racisme était dorénavant inconvenue ou immorale.

Mieux : assimiler «antifaciste» à l’Antéchrist. Ce nouveau code langagier s’applique aussi en matière environnementale: la Maison-Blanche a notamment rebaptisé officiellement son pétrole gas of liberty. Bo Derek. Une autre bonne, côté néo-facho: le président brésilien qui affirmait, cette semaine encore, que «le travail donne de la dignité aux enfants». Pauvre Orwell…

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