Économie

Bell en voie de mettre la main sur la chaîne télévisuelle V

Bell en voie de mettre la main sur la chaîne télévisuelle V
Photo: Darren Goldstein / La Presse Canadienne

La chaîne télé V entre dans le giron de Bell. L’entreprise a annoncé, mercredi, qu’elle a conclu une entente avec Groupe V Média pour le réseau télévisuel ainsi que le service de vidéo sur demande Noovo.ca.

«C’est un actif qui était manquant à notre portefeuille, a observé au bout du fil la présidente de la branche québécoise de Bell Média, Karine Moses. On a beaucoup de chaînes spécialisés, mais pas de chaîne conventionnelle.»

Bell a déjà une présence forte dans le paysage médiatique, surtout du côté anglophone. Elle est propriétaire du réseau CTV et de la chaîne de sports TSN, entre autres. Elle possède aussi de nombreuses stations de radio.

À la télé francophone, Bell possède plusieurs réseaux spécialisés, notamment la chaîne de sports RDS et la chaîne jeunesse Vrak. Il lui manquait toutefois une chaîne généraliste.

V Média gardera le contrôle des chaînes Max et ELLE Fictions – la nouvelle Musique Plus – après cette vente.

Consolidation au Québec
«Ça va consolider la part du gâteau de Bell au Québec», a constaté le professeur à l’École des médias de l’UQAM Patrick White, en entrevue avec Métro.

L’acquisition de V permettra d’ouvrir une porte au talent d’ici, selon Mme Moses.

«Bell Média croit beaucoup à la télévision généraliste, malgré le fait qu’il y a beaucoup de défis dans l’industrie avec les géants internationaux qui entrent dans le marché», dit-elle.

Chez V Média, on croit que cette transaction viendra prêter main-forte à V.

«Avec la compétition accrue des services américains et avec un cadre réglementaire qui n’est pas toujours favorable aux joueurs indépendants, on croit avoir trouvé un partenaire qui va permettre à V de continuer d’évoluer», a expliqué le président du Groupe V Média, Maxime Rémillard.

Un «CTV en français»?
Plusieurs émissions à succès sont diffusées sur V, dont Occupation double, L’amour est dans le pré, et Un souper presque parfait.

Tant que la transaction ne sera pas approuvée, V conservera sa programmation actuelle, confirme Karine Moses, de Bell.

Selon le professeur White, les intentions de Bell demeurent un «point d’interrogation». Mais l’achat de V pourrait signifier l’arrivée d’une «troisième chaîne généraliste avec un minimum d’information» au Québec.

Ce modèle imiterait en quelque sorte le fonctionnement de TQS, l’ancêtre de V, qui avait fermé sa salle de nouvelle en 2008.

«En information, j’ai l’impression que Bell va avoir un peu plus de sérieux que V pour développer une véritable salle de nouvelles», lance l’expert.

L’expert ajoute que les exigences en matière d’information du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pourraient mener Bell à se doter d’une émission matinale pour faire concurrence à RDI Matin et à Salut Bonjour.

Cependant, convient l’ex-rédacteur en chef du HuffPost Québec, «opérer une salle de rédaction coûte très, très cher et n’est pas profitable». Des employés québécois de CTV ont d’ailleurs écopé dans les derniers mois.

Prochaines étapes
La vente doit encore être approuvée par le CRTC avant d’être officialisée. Une entente entre Bell et V Média avait déjà avorté en 2012.

«On est certain que la transaction respecte toutes les règles. Le nombre de spectateurs de Bell va demeurer sous le seuil du 35% qui est généralement approuvé par le CRTC», avance Karine Moses.

Le CRTC porte sa loupe sur «toute transaction donnant à une seule personne le contrôle d’entre 35% et 45% de l’ensemble de l’écoute de la télévision, y compris les auditoires».

La valeur de la transaction demeurera confidentielle pour l’instant.