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11:37 13 mai 2020 | mise à jour le: 13 mai 2020 à 19:52 temps de lecture: 4 minutes

COVID-19: Ottawa accusé de financement «discriminatoire» par un groupe autochtone

COVID-19: Ottawa accusé de financement «discriminatoire» par un groupe autochtone
Photo: Sean Kilpatrick/La Presse CanadienneLa tour du parlement à Ottawa

Après des «efforts répétés» pour résoudre la situation à l’amiable, un groupe autochtone attaque en justice le gouvernement Trudeau pour son financement «inadéquat et discriminatoire» dans la foulée de la crise de la COVID-19. Un recours «urgent» a été déposé en début de journée, devant la Cour fédérale du Canada.

C’est le Congrès des peuples autochtones (CPA) qui est derrière ce recours. L’organisation, qui représente les intérêts des autochtones hors-réserves, des Métis et des Inuits au Canada, affirme que la manière dont Ottawa alloue du financement «pénalise les populations doublement désavantagées».

3$ par foyer autochtone

«Pour les protéger contre la COVID-19, l’enveloppe budgétaire qu’on nous offre est de 250 000$. Ce qu’on avait demandé à la base, c’est 16 M$. On ne sera même pas en mesure de venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin», dénonce la présidente du Conseil des autochtones de la Nouvelle-Écosse, Lorraine Augustine, en entrevue avec Métro.

«Il n’y a pas assez d’argent pour faire face à la crise. Le gouvernement nous discrimine au pire moment possible. On n’a pas eu le choix de se tourner vers les tribunaux. Il faut sauver des vies.» -Lorraine Augustine, du Conseil des autochtones de la Nouvelle-Écosse

La maigre aide financière équivaut à environ «3$ pour chacune des 90 000 familles concernées», selon Mme Augustine. «C’est absurde. Tout ce qu’on demande, c’est de nous traiter équitablement et justement. On a des membres qui n’ont rien à manger. Et ce n’est pas vrai qu’on va devoir faire des choix déchirants dans nos communautés», tonne la porte-parole.

Celle-ci affirme que les autorités doivent réaliser que la majorité des Autochtones vivent aujourd’hui à l’extérieur des réserves.

«Nous ne pouvons continuer de les discriminer. Ils ont des besoins particuliers, tout autant essentiels que les réalités dans les réserves», illustre-t-elle. Les phénomènes de «détresse psychologique» appellent à des actions rapides, à ses dires.

Une «erreur de droit»

Dans le recours déposé devant les tribunaux, dont Métro a obtenu copie, le CPA dénonce que le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, ait «outrepassé sa compétence» et «commis une erreur de droit», à un moment où la capacité des plus vulnérables de se protéger contre la pandémie «est gravement limitée».

«Cela constitue une atteinte à la sécurité de la personne, et potentiellement à la vie, d’une manière arbitraire contraire aux principes de justice fondamentale.» -Extrait du recours du Congrès des peuples autochtones

Le chef du Congrès, Robert Bertrand, est sans équivoque. «Le gouvernement a abandonné sa responsabilité de fiduciaire pendant cette pandémie», martèle-t-il. «Il n’est pas possible d’offrir du soulagement significatif aux souffrances vécues par les plusieurs milliers d’autochtones hors-réserves», seconde-t-il. Les besoins les plus urgents, selon lui, sont des soins de santé mentale. Mais aussi des mesures de «préparation d’urgence» et de lutte contre la pandémie.

Ottawa à pied d’oeuvre

Appelé à réagir, le cabinet du ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, affirme que l’allocation de 250 000$ versée au CPA «n’est qu’une partie de la réponse de notre gouvernement à la pandémie de la COVID-19». D’autres mesures suivront pour soutenir les plus vulnérables, assure-t-on, indiquant que les défis des Premières Nations sont «uniques».

«Nous savons que davantage de soutien est nécessaire. Nous travaillons activement avec les communautés pour identifier et fournir les mesures, afin de nous assurer qu’aucune communauté n’est laissée pour compte.» -Vanessa Adams, porte-parole du cabinet

Mme Adams ajoute que les organisations autochtones urbaines et hors réserve, ainsi que les organisations communautaires locales, «travaillent sans relâche pour fournir des services directs aux peuples autochtones». 

En décembre dernier, le ministre Miller affirmait que 2019 a été «une année charnière» pour la réconciliation avec les peuples des Premières Nations. Il avait livré un vibrant plaidoyer pour la préservation de leurs langues, devant l’ONU.

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