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Vers une société accessible à tous

Photo: Getty Images/iStockphoto

Pendant longtemps, notre société a fait comme si elles n’existaient pas. Mais depuis une trentaine d’années, beaucoup de chemin a été parcouru, et les personnes vivant avec une déficience intellectuelle apprennent à vivre dans cette société qui n’est toujours pas conçue pour elles. À l’occasion de la semaine de la déficience intellectuelle, qui débutait dimanche, Métro fait le point sur la place qui est aujourd’hui donnée à ces citoyens sans voix.

«Pendant très longtemps, on mettait les personnes ayant des incapacités intellectuelles en asile, souligne Jacques Langevin, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal. On disait aux parents : ne gardez pas votre bébé, ne le regardez même pas!»

Depuis la désinstitutionnalisation, dans les années 1960, la société est confrontée aux personnes ayant une déficience intellectuelle. Mais comme elle n’a pas été pensée pour elles, et que ces personnes n’ont pas les capacités cognitives pour faire connaître leurs revendications, inutile de dire que les obstacles à leur apprentissage sont nombreux, quotidiennement.

M. Langevin est directeur du groupe Défi Accessibilité du département d’andragogie et de psychopédagogie de l’Université de Montréal. Depuis une vingtaine d’années, son équipe et lui s’efforcent de trouver des moyens pour les personnes ayant une déficience intellectuelle afin de pallier leurs incapacités et pouvoir fonctionner dans la société avec le plus d’autonomie possible.

Un des plus gros défis : la complexité de la langue et de son orthographe. La langue française a une trentaine de sons qui peuvent s’exprimer par des centaines de façons différentes de les écrire, rappelle M. Langevin. Les chercheurs du groupe ont donc développé une orthographe de rechange, stable et beaucoup plus simple. Par exemple, le mot «auto» s’écrit «oto».

La Ville de Montréal a adopté cette mesure sur son site internet (dans la section Accès simple) pour permettre aux citoyens ayant des déficiences ou des incapacités d’être informés. Une version sonore et une autre simplifiée sont également disponibles. «Cela fait plusieurs années qu’on en fait l’expérience avec des individus ayant des incapacités intellectuelles moyennes, explique M. Langevin. Et certains d’entre eux ont appris à lire en deux ans. Et ce sont des individus qui seraient demeurés analphabètes sans cette solution.»

Anik Larose, conseillère aux communications à l’Association du Québec pour l’intégration sociale, considère que l’orthographe alternative est un outil intéressant, qui peut bien fonctionner avec certaines personnes. Mais elle émet toutefois quelques bémols, parce que la personne devra tout de même se débrouiller dans la réalité. «On ne prône pas nécessairement que cette solution soit utilisée d’emblée, partout, affirme-t-elle. Parce qu’il est important de se calquer le plus possible à la réalité.»

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Mme Larose explique que sa fille, par exemple, qui est atteinte d’une déficience intellectuelle moyenne, comprend que le son «o» peut s’écrire «eau». Ultimement, elle sera donc mieux outillée pour lire le nom des commerces ou des rues, par exemple. «Évidemment, ce n’est pas l’idéal, parce que cette orthographe ne se retrouve pas dans le journal du matin», concède Jacques Langevin.

Et même si elle s’y retrouvait, le grand problème, c’est de simplifier le texte, pour qu’il soit plus facile à comprendre. «Nous essayons de développer, avec Polytechnique et l’École de technologie supérieure, des logiciels de soutien à la simplification de textes, explique M. Langevin. Mais présentement, la simplification de textes est une opération humaine seulement.»

Acceptation sociale
Pour Anik Larose, le mot clé est intégration. Et elle commence dès le plus jeune âge, croit-elle. «L’objectif ultime, c’est que la personne ayant une déficience intellectuelle soit le plus autonome possible, et le plus ancrée dans la société d’aujourd’hui, affirme-t-elle. Il est donc important de tirer vers le haut et d’amener des défis.»

La fille de Mme Larose, aujourd’hui âgée de 18 ans, a fait tout son primaire dans une classe régulière, à Laval. Sa mère est convaincue que cette expérience a été extrêmement positive, autant pour la jeune fille que pour ses camarades de classe. «Ces jeunes-là n’auront pas le même regard sur la déficience intellectuelle, parce qu’ils auront connu ce que c’est, croit Mme Larose. Et ça vient diminuer les peurs, les préjugés.»

Toutefois, certaines commissions scolaires sont plutôt réticentes à accueillir des enfants ayant une déficience intellectuelle dans des classes régulières, constate-t-elle. «Notre rôle, en tant que parents et en tant qu’association, est de faire connaître les expériences positives, parce qu’il y en a, des expériences positives!» précise-t-elle.

Cette 26e semaine de la déficience intellectuelle sert donc à montrer la contribution positive des personnes qui ont une déficience intellectuelle. «On a encore beaucoup de chemin à faire, mais l’ouverture est de plus en plus grande, fait remarquer Jacques Langevin. Il s’agit d’y consacrer des ressources et de créer des partenariats entre la recherche et les milieux de pratique. Moi, j’y crois beaucoup.»

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