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Islamophobie: les femmes sont les plus ciblées

Photo: Pablo A Ortiz/Métro

Pertes d’emploi, insultes, discrimination, agressions physiques et verbales… Cinq ans après l’attentat à la mosquée de Québec, des musulmans canadiens témoignent des moments où ils ont été victimes de discrimination liée à leur religion. Dans un nouveau rapport où leurs témoignages sont compilés, on observe que les femmes sont les plus touchées par l’islamophobie.

Ce rapport a été un publié jeudi par l’organisme Islamic Relief Canada à l’occasion du cinquième anniversaire de la fusillade de la mosquée de Québec et de la Journée nationale d’action contre l’islamophobie.

Certaines de ses principales conclusions concernent le fait que la haine envers les personnes musulmanes est non seulement systémique et normalisée, mais aussi liée au genre. Les femmes musulmanes – surtout celles qui portent le voile, mais également celles qui ne le portent pas – seraient victimes d’islamophobie de façon disproportionnée.

«Durement touchée par la loi 21»

C’est le cas de Sanaa*, une jeune enseignante montréalaise, qui devait retirer son hijab au travail en raison de la Loi sur la laïcité de l’État, et qui a failli perdre son emploi pour ne pas avoir obtempéré.

«J’ai été très durement touchée par la loi 21. Au début de cette année, j’ai perdu mon emploi. J’ai été appelée au bureau et on m’a dit que je devais enlever mon hijab pour me conformer à la loi», explique-t-elle dans son témoignage. 

Après des mois de suspension, la jeune femme affirme avoir réussi à trouver «une faille» dans son contrat lui permettant de reprendre son poste.

Sanaa croit que l’islamophobie empire au Québec. «Je n’ai jamais ressenti autant d’islamophobie que dans les trois dernières années de ma vie – et j’étais chez moi à cause de la pandémie – alors ça doit vouloir dire quelque chose», dit-elle. 

Aysha et Zahra, deux autres femmes canadiennes qui portent le hijab, font également état des attaques qu’elles ont vécues. Selon elles, ces agressions, parfois physiques, parfois verbales, sont directement liées à leur choix de porter le voile.

Des onze témoignages recueillis dans le rapport, huit proviennent de femmes. La moitié de celles-ci ne portent pas le voile. Bien qu’elles ne soient pas «visiblement musulmanes», ces femmes ont aussi dû composer avec de l’islamophobie ou en ont été témoin, que ce soit sur la route, au travail ou dans leur belle-famille. 

Conséquences graves à court et à long terme

Les conséquences à court et à long terme pour les victimes de l’islamophobie peuvent être graves, révèle également le rapport. On y fait mention de «traumatismes émotionnels et mentaux, du stress vécu dans les relations personnelles et professionnelles et même des blessures physiques à long terme».

Aymen Derbali, une des victimes de la fusillade à la mosquée de Québec, fait parmi de ceux qui subissent ces conséquences. Après avoir été touché par sept balles le 29 janvier 2017, M. Derbali est maintenant paralysé et incapable de subvenir aux besoins de sa famille. Il a deux diplômes universitaires, mais il ne peut plus travailler.

Le plus dur pour Aymen Derbali est de ne pas pouvoir jouer son rôle de père comme il l’aurait voulu en raison de son handicap. «J’ai trois enfants, le plus vieux a 13 ans et ma fille a cinq ans. J’ai aussi un fils autiste, et ne pas pouvoir aider ma femme à prendre soin de mes enfants est très difficile», explique-t-il.

En aucun cas je ne peux oublier cette tragédie. Je la vois tout le temps. 

Aymen Derbali, survivant de l’attentat à la mosquée de Québec

Les témoignages de deux autres hommes musulmans figurent également dans le rapport. L’un d’eux est un Albertain du nom de Nabil. Ce dernier mentionne avoir temporairement cessé de participer à une activité sportive après avoir été la cible d’insultes et de discrimination raciales. 

«Les arbitres entendaient les insultes, mais ne faisaient rien… Tu n’étais pas vraiment protégé. En fait, tu sentais que tu allais là pour qu’on se moque de toi. Parce que j’adore le sport, ça m’a vraiment affecté mentalement», raconte-t-il.

Depuis, l’homme de 35 ans s’est plutôt tourné vers des ligues sportives créées par sa propre communauté. 

*Nom fictif

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