Les zombies sont parmi nous
Avertissement: Zombies. Sociologie des morts vivants peut occasionner des frissons chez les lecteurs sensibles. Pour pondre ce livre, le professeur de sociologie Vincent Paris, a visionné une soixantaine de films et consulté une centaine de livres et d’articles sur le sujet. Dans son essai, où l’humour n’est jamais loin, M. Paris tente notamment de comprendre pourquoi le sujet fascine tant.
Pourquoi une sociologie des zombies?
Plusieurs sciences comme la philosophie ou l’anthropologie se sont intéressées au sujet, mais pas encore la sociologie. Par exemple, les anthropologues relient le phénomène des zombies au vaudou des Antilles. Le mot créole «zonbi» renvoie alors aux fantômes et aux revenants liés aux croyances. Le mot zombie serait ainsi entré dans le vocabulaire français en 1832. Selon moi, le zombie vient de plus loin. Par exemple, dans le Nouveau testament, Lazare pourrait être considéré comme un zombie. Mort, il revient ensuite à la vie, sans parler aux personnes témoins du phénomène autour de lui. En tant que sociologue, s’intéresser au phénomène des zombies, c’est s’intéresser à la société. Qu’est-ce qu’un zombie aujourd’hui, pourquoi fascine t-il autant?
Justement, pourquoi fascine t-il autant?
Parce que les morts-vivants impliquent un risque d’extinction. Et contrairement aux Mayas ou à l’Apocalypse, c’est un risque qui vient de l’intérieur: un virus qui touche certaines personnes et qui se propage par la morsure, jusqu’à entraîner une extinction de la race humaine. Il y a aussi le fait que le zombie s’attaque à tous sans distinction de religion ou de classe sociale. Le zombie est démocratique contrairement au vampire, qui est aristocratique. Regardez, les marches zombies organisées annuellement en Occident, mais aussi en Indonésie, au Japon et au Mexique. Il y a de plus en plus de monde. À Montréal, il y avait 1100 personnes déguisées en 2011 et environ 3000 en 2012. L’épidémie est en marche!
Le zombie est-il de gauche ou de droite?
Certains analystes y voient la figure prolétaire, du travailleur forcé de bosser même après sa mort. C’est la vision marxisante et politique du zombie. D’un autre côté, on a l’interprétation anarchiste de Guillaume Goutte, où le zombie affamé de chair représente le capitaliste décérébré qui ne pense qu’à l’argent. Ce sont des interprétations intéressantes, mais je pense que le zombie n’est ni de l’aile gauche, ni de l’aile droite. Il vole bien au-dessus de ces distinctions, plus précisément, il les mange toutes les deux! Dans les marches zombies, il y a des plombiers, des médecins, des jeunes, des vieux, des gens du mouvement Occupy et des gens qui veulent juste avoir du fun. Personnellement, je n’ai jamais vu un mouvement aussi peu discriminatoire.
Même certains gouvernements récupèrent le phénomène…
Oui, par exemple, le gouvernement de la Colombie-Britannique, par le biais de son site Emergency Info BC, affirmait en mai 2012: «Si vous êtes prêts pour les zombies, vous êtes prêts pour un désastre». Sous-entendu, vous serez prêts en cas de tornade ou autres catastrophes majeures. Comme dans le cas d’attaques de zombies, on conseillait aux gens de prévoir des vivres et de l’eau, de créer un groupe de survie avec un lieu pour se rejoindre et une liste de personnes à contacter pour les rassurer. L’attaque virtuelle de morts-vivants étant en fait un prétexte pour faire passer des informations essentielles de survie.
Zombies. Sociologie des morts vivants
XYZ éditeur
En librairie le 28 mars