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Que deviendront les puits de gaz de schiste abandonnés?

Le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant le développement de l’industrie du gaz de schiste sera remis au ministre Pierre Arcand lundi. Marc Durand, géologue et ancien professeur à l’UQAM, reste très sceptique vis-à-vis des effets réels qu’auront les recommandations du BAPE.

Le principal danger, selon M. Durand, n’est pas dans l’exploitation elle-même, mais dans la gestion qui sera faite des puits abandonnés. L’évaluation de ce risque ne faisait pas partie du mandat du BAPE. «L’industrie n’exploite que 20 % du gaz par puits, précise le géologue. Après cela, le débit de gaz devient trop lent,  et l’exploitation est peu rentable. Or, les techniques de colmatage avec des bouchons de ciment sont peu efficaces à long terme.»

Le professeur ajoute qu’au Québec, les compagnies pé­tro­lières et gazières ne sont pas responsables de leurs puits une fois ceux-ci rebouchés. La facture de l’entretien des sites ou des dégâts potentiels causés par une explosion sera donc assumée par Québec. «C’est inévitable, dans 10 ou 20 ans, on fera face à des fuites de gaz, souligne Marc Durand. À Leclercville, par exemple, on constate déjà des fuites dans des puits tout neufs.»

Par ailleurs, le géologue souligne que la totalité des permis d’exploitation a déjà été vendue aux compagnies par Québec. Il affirme que le gouvernement aurait bradé les droits miniers et la propriété du gaz pour «10 à 50 sous par hectare ». L’adoption d’un moratoire ne serait donc qu’une décision politique et ne durerait que quelques mois. «Il est évident que le gouvernement Charest a décidé depuis longtemps de permettre l’exploitation du gaz de schiste, ajoute M. Durand. La seule chose qui retient les compagnies de procéder à des forages est leur incertitude par rapport à la rentabilité des installations.»

En Alberta, où la présence de gaz de schiste attire également les compagnies gazières, des mesures strictes ont été déjà prises par le gouvernement pour limiter l’exploitation. Selon Marc Durand, la province aurait fixé des redevances très élevées sur l’extraction du gaz. La chute des prix du gaz sur les marchés mondiaux rend donc peu rentables les exploitations en Alberta.

Contestés en France
Tout comme au Québec, l’exploitation des gaz de schiste commence à se heurter à une forte contestation en France. Samedi, une première ma­­­­nifestation nationale a rassemblé environ 15 000 op­­posants dans la région de l’Ardèche. Des élus, des riverains et des associa­tions de tout le pays se sont mobilisés pour dénoncer une «catas­tro­phe écologique annoncée» et réclamer l’abrogation des permis de forage d’exploration accordés aux en­treprises Total, GDF Suez et Schuepbach Energy. PC

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