Un réseau de la santé à bout de souffle?
Le réseau de la santé de Montréal manque de ressources, jugent des représentants syndicaux. Sans un réinvestissement dans les services de première ligne, l’aide offerte ne pourra que diminuer et les salles d’urgence de la région ne seront que plus engorgées, concluent-ils.
Au cours des dernières semaines, quelque 125 postes ont été abolis dans les Centres de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance et de la Pointe-de-l’Île, le centre hospitalier Louis-Hippolite LaFontaine et le Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Champlain.
Des syndicats affiliés à la CSN ont dénoncé hier ces coupures qui ont, selon eux, de plus en plus d’impact sur les populations vulnérables, dont les personnes âgées. «Le gouvernement resserre de plus en plus les budgets, ce qui a des effets sur les CSSS, a indiqué Gaétan Châteauneuf, président du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN. Quand les gens se rendent dans les CSSS, c’est souvent de façon préventive. Mais si les services ne sont pas au rendez-vous, ils se tournent vers les urgences, ce qui a pour effet de les engorger.»
Caroline Tremblay, psychologue à l’hôpital Sainte-Justine, s’est questionnée sur les priorités du ministre de la Santé, Yves Bolduc. «Les listes d’attente pour les services, que ce soit de soutien à domicile ou de santé mentale, ne cessent d’augmenter, a-t-elle affirmé. Pour le ministre, c’est peut-être plus payant politiquement d’investir dans les urgences pour que les civières disparaissent des corridors. Mais si on investissait adéquatement dans les services de première ligne, on pourrait mettre un terme à ce cercle vicieux.»
La CSN a profité de sa sortie pour demander aux dirigeants du réseau de la santé de cesser de se renvoyer la balle et d’agir. Appelé à commenter, le ministère de la Santé a préféré laisser la parole à l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. «Nous ne jouons pas au ping-pong avec le ministère de la Santé, a affirmé le PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, David Levine. Nous savons ce que nous avons à faire. Nous avons des budgets que nous gérons de façon transparente.»
M. Levine a d’ailleurs assuré que la région de Montréal ne faisait pas face à un manque de ressources en santé. «Il faut comprendre qu’on peut toujours dire qu’il faut plus de ressources, mais si on compare Montréal au reste du Québec, on voit que la métropole est plus riche en termes d’offre de services, a-t-il déclaré. Le problème réside plutôt dans l’accessibilité aux services et c’est là-dessus que nous nous concentrons.»
L’agence a ainsi mis sur pied deux cliniques-réseau intégrées, censées optimiser le travail du personnel du réseau de la santé. M. Levine espère qu’une trentaine de ces cliniques, sur les 60 prévues, auront vu le jour d’ici cinq ans à Montréal.