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Quel gâchis madame Janette Bertrand!

Je n’ai pas grandi avec l’œuvre de Janette Bertrand car j’ai vu le jour sur une autre planète. Par contre, très vite, j’ai mesuré la place qu’occupe cette icône dans ma nouvelle patrie, le Québec.

Je n’ai pas écouté une seule de ses émissions radiophoniques, ni lu un seul de ses livres, ni vu aucun de ses films ou émissions télévisées. J’ai appris à l’aimer et à la respecter à travers son aura auprès du public et son image véhiculée par nos médias. C’est une femme adulée, respectée et lauréate de prix prestigieux.

Avec le débat sur la Charte, j’avais réagi au mouvement des Janettes, l’automne dernier, dans Chères Janettes. De bonne foi, j’avais pris le soin de faire la lumière sur des faits que madame Bertrand aurait pu négliger dans son argumentaire.

Le temps a passé, et ce jeudi, j’ai écouté l’entrevue de madame Janette Bertrand à Médium large d’Ici Radio-Canada Première. Quelle tristesse!

Comme le ministre Drainville, madame Bertrand affirme qu’elle n’a pas besoin de science, ni de preuves tangibles pour étayer ce qu’elle croit fermement être la vérité. Elle se fie à son instinct et son cœur!

Dans une démocratie libérale, on n’a pas le droit de restreindre les libertés fondamentales d’un groupe d’individus sur la base de nos instincts et l’appel de nos cœurs! Il faut étayer les faits et commander des études sérieuses pour prouver la véracité de nos actions!

Je ne mets aucunement en doute la sincérité du combat de madame Bertrand pour l’égalité homme-femme, ni d’ailleurs son intention d’inclure toutes les femmes du monde, toutes confessions et origines confondues, dans sa lutte. Mais dans ce cas-ci, comme plusieurs citoyens honnêtes qui sont pour la Charte, elle se base sur des supputations.

Et si un jour l’intégrisme religieux donne juste l’impression de l’esquisse du commencement d’un semblant de début de danger en devenir au Québec, je serai l’un des premiers à sortir dans la rue pour le combattre. Mais ce n’est pas le cas.

Hélas, madame Bertrand se souvient du temps où la femme québécoise s’est battue pour accéder au droit de vote. Elle se souvient que les Québécois de l’époque criaient: «Ça n’a pas de bon sens, les femmes ne connaissent pas ça la politique!» Soixante-dix ans après, que dit-on des femmes voilées? «Ça n’a pas de bon sens, les femmes voilées ne connaissent pas ça la neutralité de l’État!»

Écoutez l’entrevue. En une vingtaine de minutes, on a assez d’inepties pour tailler en pièce l’argumentaire de madame Bertrand. On devrait rendre hommage à Catherine Perrin qui a usé de tout son doigté pour éviter à notre icône nationale un naufrage médiatique. Sinon, n’importe quel animateur polémiste aurait pu démolir madame Bertrand en ondes.

Toute la responsabilité du dérapage sur la charte incombe à madame Marois et son gouvernement. Ce débat de société crucial a été un geste purement politique pour drainer le plus de suffrages possibles. Il a déchiré notre pays dans son sillage!

Au sujet de la charte, je m’aligne sur la position des Bouchard-Taylor, Jacques Parizeau, Bernard Landry et Lucien Bouchard, et donc je ne partage pas la position radicale de madame Bertrand. Toutefois, les sorties médiatiques comme celle de Janette Bertrand ne sont pas seulement dommageables pour les pro-charte, elles le sont pour la démocratie tout court!

Un jour, le peuple se réveillera avec de l’amertume: la charte, dans la version de Drainville, n’avait pour objectif ni de lutter contre l’intégrisme religieux, ni de favoriser l’égalité homme femme. L’histoire tranchera!

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