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Adopter trois enfants en même temps

En adoptant trois frères et sœurs de la Colombie, il y a un an et demi, Myriam Chouinard et Hugues Charron ont évité plusieurs années d’attente, mais ils ont fait face à un grand défi.

En 2013, un couple qui désire adopter un enfant à l’international attend généralement plusieurs années. Par exemple, l’organisme d’adoption Société Formons Une Famille estime à plus de huit ans le délai pour adopter un enfant chinois. Ceux qui
voudraient en adopter plus d’un doivent recommencer le processus à chaque fois.

Mme Chouinard et son conjoint, M. Charron, ont ramené leurs trois enfants adoptifs à la maison un an et quatre mois après avoir signé une entente avec un organisme d’adoption.

Comment est-ce possible? De moins en moins d’enfants sont disponibles pour l’adoption internationale, notamment en raison de la forte demande et du changement social de nombreux pays d’origine. Plusieurs pays, toutefois, tiennent à faire adopter ensemble les frères et les sœurs, ce qui intéresse moins de parents. Le processus est donc plus rapide dans ces cas-là. «On se disait: si on y va un à la fois, il y a cinq ou six ans d’attente. On ne pourrait donc avoir deux enfants qu’au bout de 10-12 ans»,
a exposé Mme Chouinard.

Édisson, Christophe et Émilie, aujourd’hui âgés de trois, six et sept ans, ont été retirés de leur famille biologique parce que leurs parents, vivant dans la pauvreté extrême et ne pouvant plus subvenir à leurs besoins, les avaient abandonnés.

La résidante de Gatineau estime qu’il est bénéfique pour les enfants d’être adoptés ensemble. «Ça leur a assuré une certaine sécurité. Ils changent de pays, de culture, c’est très difficile. Dans cette épreuve, ils ont pu se parler en espagnol et partager leur stress», estime-t-elle. Elle croit aussi qu’ils vont apprécier, en vieillissant, d’avoir gardé ce lien biologique.

Mais cette relation a aussi un côté pervers. «Au début, ils se tenaient très serrés et se refermaient un peu sur eux-mêmes. On se demandait s’ils n’allaient pas se liguer contre nous, parce qu’ils n’aimaient pas, par exemple, qu’on chicane l’un d’entre eux. Le plus vieux agissait un peu en père de famille et pouvait saboter notre autorité», se rappelle Mme Chouinard.

Le lien d’attachement prend aussi plus de temps à se créer qu’avec un seul enfant. «On ne peut pas consacrer 100% de notre attention à chacun d’eux», souligne Mme Chouinard. «Adopter trois enfants en même temps, c’est extrêmement exigeant et ça prend des compétences exceptionnelles, considère Louise Dumouchel, psychologue mandatée par les centres jeunesse pour l’évaluation psychosociale des aspirants parents adoptifs. Pour moi, c’est un peu comme dans une garderie: tu donnes des soins, tu peux répondre à certains besoins affectifs, mais tu ne peux pas t’investir et stimuler l’enfant autant que s’il était seul.»

Malgré les difficultés, Mme Chouinard est convaincue qu’elle et son conjoint ont pris la bonne décision. Les enfants se portent bien et s’intègrent adéquatement dans leur milieu. Elle avertit toutefois les couples qui se questionnent à ce sujet: il faut être bien préparé et ne pas choisir l’option d’une fratrie uniquement parce que c’est plus rapide. «Si on n’avait pas pris 10 mois de congé tous les deux, je ne crois pas qu’on serait passés au travers», a reconnu la mère.

Adoption: plusieurs en 2013
Le Secrétariat à l’adoption internationale (SAI) du Québec affirme qu’il ne compile pas le nombre de familles québécoises ayant adopté des fratries dans les dernières années. Il confirme toutefois qu’il y en a eu plusieurs en 2013, provenant notamment de l’Ukraine et de la Colombie.

Le SAI tient aussi à souligner que l’adoption d’une fratrie ne doit pas être vue comme une façon d’accélérer le processus. D’ailleurs, les postulants à l’adoption doivent tous participer à une évaluation psychosociale, et certains peuvent avoir une recommandation positive pour l’adoption d’un seul enfant, mais pas pour une fratrie.

Pour en savoir davantage sur l’histoire d’adoption de la famille, visitez leur blogue Le parcours vers la Colombie… et notre famille