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Les sites web pédagogiques n’ont pas à être approuvés par le ministère de l’Éducation

Concentrated pupils Photo: Getty
Dominique Cambron-Goulet - Métro

Les auteurs d’un manuel de mathématiques très utilisé au primaire proposent un supplément pédagogique sur le web, qui n’est pas approuvé par le ministère de l’Éducation.

«On remarque que c’est surtout le milieu familial qui limite souvent le développement des capacités analogiques de l’enfant. Pour diverses raisons, un parent ou les deux surprotège(nt) l’enfant, lui enlevant ainsi la nécessité de prendre des initiatives», peut-on lire dans la section adressée aux parents du site web du manuel Défi mathématique, utilisé dans de nombreuses écoles du Québec, dont la version papier est approuvée par le ministère.

«En lisant ça, je me suis sentie piquée, raconte à Métro Lucie (nom fictif), dont la fille est en 1re année à l’école Face, dans Ville-Marie. Comme parent, tu te poses toujours des questions sur la façon dont tu élèves ton enfant, puis tu tombes là-dessus, tu ne te sens pas fort. On te dit : “Fais plus rien, parce que tu as déjà fait tout le pire.”» Elle dit être allée sur ce site parce que sa fille lui disait ne rien comprendre aux mathématiques et que le manuel lui-même ne contient aucune section adressée aux parents.

Or, «le ministère ne fait pas l’évaluation du matériel complémentaire, dont celui de ce site internet, puisqu’il n’est pas un manuel scolaire», indique un porte-parole du ministère de l’Éducation. Une information que plusieurs parents ignorent.

«Quand je vois que ce manuel est très utilisé au primaire, je me dis que c’est fiable et donc qu’on a vérifié ce que les auteurs propagent comme message.» Lucie (nom fictif), mère d’une fille en première année à l’école Face

Le professeur en didactique des mathématiques à l’Université de Montréal, Jean Portugais, estime que les informations présentes dans la section parents du site web ne sont pas scientifiques. «C’est un discours d’opinion qui ne repose sur rien, juge-t-il. Ce ne sont pas des recommandations qui sont faites par les spécialistes du domaine, et je suis affligé de voir qu’on met en cause les situations familiales dans les difficultés des enfants. Ça n’a aucune crédibilité, de mon point de vue.»

Sur le site, on peut aussi lire que, dans les cas de divorce, «certains parents ont aussi tendance à surprotéger leur enfant afin de lui prouver leur amour ou afin de démontrer qu’avec eux, l’enfant est en sécurité.» M. Portugais rappelle que Défi mathématique est un manuel controversé dans le milieu de l’éducation. «Il y a des choses bien dans ce manuel, mais il y a beaucoup de faiblesses», dit-il.

Joint par Métro, un des auteurs de Défi mathématique, Robert Lyons, explique qu’il met ce site web à disposition des parents pour qu’ils puissent avoir une idée de la situation de leur enfant. «Sur le site, il y a des profils d’enfants», indique M. Lyons, qui est conseiller pédagogique depuis près de 50 ans. Dans le cas des enfants surprotégés, il dit que les parents donnent trop rapidement les réponses, sans laisser les enfants réfléchir par eux-mêmes. «Quand les parents comprennent le diagnostic, ils ne trouvent pas ça insultant», juge-t-il. L’auteur dit que ces constats sont «vrais» et découlent des observations qu’il a faites dans les écoles du Québec au cours de sa carrière.

Robert Lyons est conscient que son approche, différente de l’enseignement traditionnel des mathématiques, basé surtout sur les compétences en calcul, peut rebuter puisqu’elle est à l’opposé de la façon dont les parents ont appris cette matière. «Quand les parents voient autre chose comme façon d’enseigner, ils ne comprennent plus, affirme-t-il. On devrait même dire les adultes, parce que les parents ont appris de la même façon que les enseignants.»

Pour Lucie, la validité des conseils n’est pas nécessairement en cause. «Il y a des façons de dire les choses. Si l’auteur pense que l’enfant a des problèmes parce qu’il est surprotégé, c’est une chose, mais que ce soit dirigé vers les parents c’est ça le problème.»

Malgré la présence de matériel controversé sur le web, le ministère indique qu’il continuera d’évaluer seulement les manuels scolaires.

 

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