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Étiquette honteuse

Photo: Archives Métro

Soyez rassuré, il n’y aura pas de chasse aux sorcières. On n’ira pas dans vos chaumières pour vérifier si vous lisez religieusement le guide de la bonne féministe, on ne mesurera pas la taille de vos talons ou l’échancrure de votre décolleté, on n’exigera d’aucune femme qu’elle prête serment à Sainte-Simone-de-Beauvoir. En revanche, ne vous étonnez pas que certaines féministes recrachent un peu leur café si la ministre responsable de la Condition féminine déclare ne pas être féministe, et que cela entraîne une vague de «coming out» de femmes en situation de pouvoir qui se distancient, elles aussi, de l’étiquette comme si c’était de nazisme qu’il était question.

Bien sûr, tout le monde a droit à son opinion, et les femmes auront toujours le loisir de se dissocier d’un mouvement, même si celui-ci est lié à leur émancipation. Mais cette distanciation appelle à des constats, le premier étant que ce que les femmes qui se distancient du féminisme semblent rejeter, c’est une caricature du féminisme. «Le féminisme est parfois présenté comme un combat mené par les femmes contre les hommes. En ma qualité de vice-première ministre et de ministre responsable de la Condition féminine, je n’adhère pas à cette façon de voir les choses», écrivait Lise Thériault dans une lettre ouverte à La Presse. En sa qualité de ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault aurait tout aussi bien pu lutter contre ce fâcheux préjugé. Revendiquer que les femmes prennent la place qui leur est due n’est PAS un combat contre les hommes. Penser le contraire serait présumer qu’on arracherait aux hommes quelque chose qui leur revient de droit.

Comme le disait Marie-France Bazzo dans son éditorial «Je ne suis pas féministe, moi non plus», le féminisme est un mouvement composé de tendances parfois très divergentes (il n’y a pas grand-chose de plus houleux qu’un débat entre féministes sur la prostitution ou le port du voile), qui prêchent tantôt à gauche, tantôt à droite, qui se veulent radicales ou pragmatiques. En somme, être féministe, ça ne veut pas dire grand-chose, sinon adhérer à son dénominateur commun : l’émancipation des femmes ou, si vous préférez, l’égalité entre les sexes. On s’entend sur l’objectif, mais on hésite quant à la manière de l’atteindre.

Pourquoi, donc, a-t-on honte d’être féministe? Précisément en raison du préjugé intégré et véhiculé par Lise Thériault selon lequel il s’agit d’un combat contre les hommes. Parce qu’au lendemain de la tuerie de Polytechnique, on a cru que le féminisme était allé trop loin (alors qu’il restait en réalité beaucoup à faire pour atteindre l’égalité et que l’existence même de cette tragédie aurait dû nous amener à conclure le contraire). Parce que les revendications légitimes des féministes telles que la parité en politique ou l’équité salariale sont encore perçues comme radicales. Pourquoi le féminisme est-il encore si honteux? Parce qu’il est encore tellement nécessaire.

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