Éducation
05:00 3 février 2021 | mise à jour le: 3 février 2021 à 07:16 temps de lecture: 4 minutes

Jamais trop tard pour apprendre

Jamais trop tard pour apprendre
Photo: Mario Beauregard/Archives MétroMétro avait rencontré Robert Chauvette au centre Gédéon-Ouimet en 2017, quelques mois avant sa diplomation.

Parce qu’il n’avait jamais eu l’opportunité d’apprendre à lire, Robert Chauvette est retourné sur les bancs de l’école à 47 ans. Trois ans après l’obtention de son diplôme d’études secondaires, cet «accrocheur scolaire» reconnait que cette épreuve difficile a tout simplement «changé sa vie».

«Plus tu vieillis, plus le travail est rare. Et si tu ne sais pas lire ni écrire, oublie ça ! J’aurais pu rester ignorant et vivre sur l’aide sociale jusqu’à la fin de ma vie, mais retourner à l’école m’a permis de décrocher un vrai emploi que j’aime, je suis devenu concierge et c’est ma plus belle retraite», dit le jeune diplômé.

Orphelin de naissance, Robert Chauvette a été confié à une crèche jusqu’à ses 8 ans. Il a ensuite navigué entre les foyers d’adoption et des familles d’accueil rarement bienveillantes. «Tantôt alcooliques, tantôt drogués, ils prenaient l’argent des services sociaux et nous envoyaient travailler dans des fermes», explique-t-il.

Lorsqu’il a atteint la majorité, le jeune Robert a continué à travailler pour s’en sortir. Vivant dans la rue pendant plusieurs années, il a enchainé les petits boulots tout en dissimulant son analphabétisme par peur de se faire congédier. «Heureusement que j’ai toujours eu une bonne mémoire, ça m’a souvent permis de faire illusion», confie-t-il.

Une démarche courageuse

Cette vie de débrouille, Robert Chauvette ne s’en vante pas. Il s’avoue même admiratif des jeunes qui ont pu aller à l’école. «Je leur tire mon chapeau, ils sont de vraies éponges à connaissances ! Quand j’ai eu l’opportunité d’étudier, j’ai dû mettre mon orgueil de côté car je me sentais complètement ignorant», dit-il.

De 2014 à 2017, Robert Chauvette a redoublé d’efforts pour acquérir un niveau de secondaire 5 au centre Gédéon-Ouimet, une école du Centre-Sud de Montréal qu’il a pu intégrer grâce à la bourse «Je ne lâche pas, je gagne» de la Fondation pour l’alphabétisation.

«J’ai trouvé ça très difficile. Je ressentais beaucoup de pression. Je voulais donner tort à tous ceux qui ont dit que je ne ferai rien de bon dans ma vie», dit celui qui est pourtant passé d’un niveau alpha à secondaire 5 en seulement trois ans !

Un mois avant l’obtention de son diplôme, le propriétaire de l’immeuble dans lequel il résidait lui a offert un emploi de concierge. Une fonction qu’il occupe encore et qui lui plait beaucoup.

«J’avais deux options : rester ignorant et vivre de l’aide sociale jusqu’à la fin de ma vie ou mettre mon orgueil de côté, retourner à l’école avec les petits jeunes, apprendre à lire et à écrire. Il y a eu des moments difficiles mais ça valait la peine.» – Robert Chauvette, montréalais de 53 ans

Un modèle de persévérance

«Retourner à l’école m’a permis d’obtenir ce travail, mais également d’enrichir mon vocabulaire, dit-il. Avant j’étais limité pour m’exprimer et faire passer mes messages aux autres. Je peux aussi mieux tenir mes comptes.»

Robert Chauvette accompagne désormais l’un de ses voisins de 65 ans dans l’apprentissage de la lecture. «Je l’aide à faire ses devoirs et je l’encourage, dit-il. C’est difficile mais il ne faut pas se décourager car de nos jours, si tu ne sais pas lire ou moindrement écrire, tu vas rester dans le néant. Et puis tant qu’on n’a pas les deux pieds dans la tombe, on est toujours capable d’apprendre !»

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