Culture

Une femme – et un film – fantastiques

Photo: Collaboration spéciale
Gregory Wakeman - Métro World News

Nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film étranger, Una Mujer Fantástica (Une femme fantastique), du réalisateur chilien Sebastián Lelio, risque d’élever son actrice principale, Daniela Vega, au rang
de superstar.

Depuis sa sortie, le mélodrame de Sebastián Lelio a été accueilli par des critiques élogieuses, devenant un des chouchous de la traditionnelle saison des galas.

Néanmoins, durant tout le processus de conception et de production de sa Femme fantastique, le réalisateur et coscénariste craignait que l’œuvre se fasse démolir par ceux qui la visionneraient.

«J’étais convaincu que le film se ferait massacrer, confie-t-il, parce que le sujet est, selon moi, très délicat.»
C’est en tout cas très émotif, puisque ce long métrage raconte l’histoire d’une chanteuse transgenre incapable de faire le deuil de son ancien amant. En effet, la famille du défunt refuse d’accepter qu’il ait pu tomber amoureux de cette femme qui ne demande qu’à pleurer son amour 
disparu.

En lieu et place des réactions négatives que le cinéaste avait anticipées, les fleurs se sont mises à pleuvoir. «Le film a été reçu partout avec amour, avec chaleur.»

Pourtant, Lelio s’était préparé à devoir se battre. C’est du reste, confie-t-il, la principale raison pour laquelle il s’est lancé dans cette épopée.

«Après mon film précédent, Gloria, je sentais que j’avais carte blanche, que tout était possible. Mais je ne voulais pas que ce soit facile. Je voulais relever des défis.»

«Avec mon coscénariste, Gonzalo Maza, nous avons commencé à réfléchir à ce qui arrive lorsque la personne que vous aimez s’éteint dans vos bras. Et nous en sommes venus à la conclusion que c’est le pire endroit pour mourir.»

Pour explorer cette question, les deux compères ont choisi de mettre en scène une femme transgenre. «Il se dégageait une grande beauté de cette idée»… et aussi de l’actrice choisie. En effet, les scénaristes se sont d’emblée mis d’accord sur le fait qu’il aurait été «anachronique» et «aberrant» de ne pas engager pour ce rôle une comédienne véritablement transgenre.

Leur choix s’est arrêté sur Daniela Vega. Elle n’était d’ailleurs pas étrangère au projet, puisqu’elle avait agi à titre de conseillère culturelle durant la conception et l’écriture d’Une femme fantastique. Très vite, Lelio a vu son potentiel. Son talent, sa profondeur.
Sans compter que, comme le souligne le cinéaste, il s’agit d’une œuvre de fiction. Mais en son cœur bat celui d’une vraie personne. «Le corps, les yeux et la peau de Daniela possèdent quelque chose qu’un acteur cisgenre ne pourrait pas réussir à traduire. La caméra le sait.»
Une autre raison pour laquelle Lelio souhaitait tant donner corps à sa Femme fantastique, c’est le lien qu’il voyait dans cette histoire avec ses films précédents. Surtout Désobéissance et Gloria, deux longs métrages portés par des personnages féminins.

«J’aime prendre des femmes qui vivent en marge de la société et les placer tout au centre. J’aime leur dire : “Vous méritez un film.” “Vous êtes ce film.”»

Lelio assure que son œuvre se veut intemporelle. Il assure aussi qu’il est le premier surpris que ce film sorte alors que le débat sur les chances laissées (ou plutôt enlevées) aux acteurs de la communauté LGBTQ à Hollywood bat son plein.

«Ce n’est pas quelque chose que je pouvais prévoir. Ce n’était pas calculé. Lorsque nous rédigions le scénario, la question transgenre n’avait pas explosé dans la culture populaire. Elle l’a fait alors que nous tournions.»

Conclusion? «J’ai toujours estimé qu’il fallait faire ce film. Soudainement, j’ai eu la confirmation que ce n’était pas seulement important. C’était aussi urgent.

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