Culture

Didier Lambert, humble humoriste

Didier Lambert, humble humoriste
Photo: Josie Desmarais/Métro

Didier Lambert se fait lentement, mais sûrement un nom dans le monde de la drôlerie. Dans le cadre du festival Juste pour rire, il présentera (Entre parenthèses), un one man show… qui n’en est pas vraiment un, à son avis.

«C’est un one man show, mais je fais preuve d’un peu d’humilité, explique-t-il. Je ne suis pas game d’appeler ça comme ça, ça fait trop big. Je veux juste aller m’amuser et donner un bon spectacle.»

Une modestie qui lui vient peut-être de son parcours un peu atypique.

Après être passé par l’art dramatique et l’improvisation (et avoir fait un détour comme prof au secondaire), Didier Lambert s’est lancé dans l’humour il y a six ans, un choix tardif, mais pleinement assumé.

«À un moment donné, j’ai décidé d’essayer. Et j’ai trouvé que c’était l’affaire la plus tough du monde, avoue-t-il candidement. Aller sur une scène et dire: ‘‘Je vais vous faire rire’’, ce n’est pas simple. Ce sont tes blagues et tes paroles. Ça prend des grosses gosses ou des gros ovaires pour l’assumer.»

Jusqu’ici tout va bien pour celui qui a été sacré révélation des galas Juste pour rire et ComédiHa! en 2016. Depuis deux ans, il peut vivre pleinement de son art. Et même si son nom n’est pas encore connu de tous, il estime s’être débarrassé de la sempiternelle étiquette d’humoriste de la relève.

«Je trouve que le mot est galvaudé. Il n’y a pas de relève pour les plombiers. Du moment que tu vis de l’humour, même si tu n’es pas connu, c’est quand même ça ta job. Je ne suis pas connu, mais je ne suis pas dans la relève».

«J’ai mon âge [40 ans], poursuit-il. Je ne suis pas pressé d’être la saveur du moment. En fait, je pense que je ne le serai jamais et ce n’est pas grave. J’ai le plaisir de jouer sur scène.»

Son plaisir, Didier Lambert le prend à bousculer gentiment (mais pas toujours) son public.

En effet, si l’homme est doux comme un agneau dans la vie courante, sa personnalité sur scène est nettement plus abrasive.

«On pourrait dire que c’est un personnage éclaté, un peu absurde, qui ne mâche pas ses mots, cru sans être vulgaire et qui dit les choses comme elles sont. Il a du mordant, une folie et une spontanéité qui me viennent de l’improvisation. Et un langage peu châtié.»

«Je sacre beaucoup, c’est vrai. On me dit parfois que le petit Jésus ne sera pas content, mais je suis pas mal certain que le petit Jésus, il s’en câlisse.» -Didier Lambert

Par exemple, dans le numéro qui a contribué à le faire connaître, ce blond aux yeux bleus distribue sans gêne les pires clichés racistes. Ça commence gentiment avec des blagues sur les Français (qui n’aime pas rire des Français?), mais ça dégénère rapidement: Arabes, Noirs, Juifs… Tout le monde y passe, y compris les Blancs, qui se font savonner à quelques reprises, car après tout «dans l’histoire, nous aussi, on a été coquins. On envahissait des territoires, on en violait une couple, on en tuait une gang! Des mauvais tours!»

«J’aime provoquer les gens, admet l’humoriste. S’ils comprennent que je suis un peu naïf, que je dis des choses comme si elles m’échappaient, ils embarquent. Il faut donner la main aux spectateurs dès le départ.»

«L’humour, ce n’est pas obligé d’être des blagues tout le temps. Il y a moyen d’avoir des réflexions et pour ça il faut aussi provoquer. Il faut rire de tout. Il y a des choses plus dramatiques que d’autres, des sujets plus délicats, mais si l’angle est bon, c’est la meilleure façon d’inclure tout le monde.»

Il en prend pour preuve la réaction de son public. «Je me suis rendu compte que les fois où ça ne riait pas du tout, ce n’était que des Blancs dans la salle. Et quand ça riait le plus, c’était des Noirs ou des Asiatiques, parce qu’ils ont l’autodérision nécessaire.

«Et si ça te choque, viens me parler, tu vas voir qu’il y a une réflexion derrière ça. C’est peut-être malhabile, mais je peux le retravailler. Si tu suis, tu vas comprendre que je dis probablement l’inverse de ce qui t’a offusqué.»