L'austère leçon du maître Haneke: Le Ruban blanc décroche la Palme d'Or
La rumeur courait sur la Croisette depuis plusieurs jours. Alors que Laurent Cantet avait déjoué presque tous les pronostics l’an dernier avec «Entre les murs», l’Autrichien Michael Haneke a remporté aujourd’hui la Palme d’Or du 62e festival de Cannes pour «Le Ruban Blanc».
«Ma femme me demande souvent si je suis heureux», a déclaré le cinéaste, déjà récompensé par un Grand Prix du jury en 2001 pour « La Pianiste » et par un prix de la mise en scène en 2005 pour «Caché». «Or, le bonheur est une chose rare. Aujourd’hui, je peux dire que je suis très heureux », a-t-il avoué.
Austère fable en noir et blanc chroniquant une série d’événements étranges dans un village allemand de l’avant-Première Guerre mondiale, «Le Ruban Blanc» a semble-t-il fait l’unanimité auprès du jury présidé par Isabelle Huppert, qui a longuement serré dans ses bras son réalisateur de «La Pianiste», qui lui avait valu le prix d’interprétation féminine.
Trois prix pour les Français
Favori de beaucoup de festivaliers, le thriller carcéral «Un Prophète» de Jacques Audiard a reçu le Grand Prix du jury. Le cinéaste français a été longuement applaudi, mais pas autant qu’Alain Resnais, 86 ans, qui s’est vu décerner un «prix exceptionnel» pour «Les Herbes Folles», déconcertante fantaisie adaptée du roman «L’Incident» de Christian Gailly.
On se souvient encore des rires qui ont émaillé la projection de presse de l’«Antichrist» de Lars Von Trier. Mère en deuil, possédée par les esprits, Charlotte Gainsbourg a remporté un prix d’interprétation féminine qui devrait faire couler beaucoup d’encre, moins à cause des scènes de mutilation en gros plan que de la morale assez douteuse de ce vrai-faux film d’horreur. «Je pense à mon père et j’espère qu’il aurait été fier de moi… et choqué!», a réagi la comédienne, sous les yeux de son compagnon Yvan Attal.
Moins contestable, le prix d’interprétation masculine a été décerné à l’acteur autrichien Christoph Waltz, hallucinant Colonel nazi trilingue dans «Inglourious Basterds», la fantaisie guerrière de Quentin Tarantino qu’on aurait aimé voir plus haut au palmarès.
Le brillant Mendoza récompensé
C’était notre chouchou de la quinzaine cannoise. Le Philippin Brillante Mendoza a décroché le prix de la mise en scène pour son puissante «Kinatay», 24 heures haletantes dans la vie d’un jeune étudiant en criminologie. Le prix du scénario a, lui, été attribué au Chinois Mei Feng pour le sensuel «Nuits d’ivresse printanière» de son compatriote Lou Ye tandis que le prix du jury a été attribué ex-aequo à «Fish Tank» de la Britannique Andrea Arnold et à «Thirst» du Coréen Park Chan Wook.