Fanny Ardant présente Cendres et sang: «Le résultat n'est jamais là où on l'attend»
Fanny Ardant présente aujourd’hui à Cannes Cendres et sang, son premier long métrage en tant que scénariste et réalisatrice, en sélection officielle hors compétition. Métro l’a rencontrée à cette occasion.
Etes-vous nerveuse avant la présentation de votre premier film au public?
Non, venir à Cannes avec ce premier film, je considère ça comme une joie, comme quelque chose d’inattendu et comme une fête. Et puis, qui sera sera!
Cette histoire de code d’honneur et de vengeance familiale rappelle les écrits de Prosper Mérimée. Était-ce une de vos lectures quand vous écriviez le scénario?
Pas Prosper Mérimée, mais plutôt les choses tragiques où il n’y a pas d’échappatoire. C’est obscur, les raisons pour lesquelles on veut raconter ce type d’histoire… Je voulais raconter une histoire dont la vision est assez noire, montrer un monde dans lequel il n’y a pas de pardon, montrer l’inéluctabilité des choses aussi. Ces histoires de famille, je voulais les montrer les plus quotidiennes possible, avec un code précis et mystérieux.
Pourquoi avez-vous construit Cendres et sang comme une tragédie?
J’ai voulu un film opératique, stylisé. On ne connaît ni l’époque, ni le lieu. C’est un là-bas. On a beau croire qu’on a colmaté une brèche, qu’on a apaisé le passé, le drame arrive quand même. Malgré les impressions, les prémonitions, la prudence, Judith retourne dans sa famille. Va-t-on fatalement vers ce qui nous détruit?
Est-ce là votre vision de la vie?
Oui, assez. On se bat, mais le résultat n’est jamais là où on l’attend. Pour autant, et malgré la fatalité, il est très important de se battre. Je fais dire à un des personnages cette phrase de Victor Hugo : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. » Je crois beaucoup à ça. Il faut lutter.
Vous deviez jouer à l’origine le rôle de Judith…
Je l’ai en effet écrit en pensant à moi. Mais c’est mon premier film, donc il valait mieux éviter les problèmes. Écrire le scénario, le réaliser et jouer, c’était trop.
La réalisation vous tentait depuis longtemps?
Non. C’est arrivé comme ça. J’ai commencé par écrire cette histoire, et puis quelqu’un a cru en moi et m’a fait une avance sur recettes. Ça s’est décidé et fait très vite.
Endosser le statut de réalisatrice, ça vous a fait quel effet?
C’était une grande aventure que j’ai beaucoup aimée. Bien sûr que maintenant je vais peindre tout en or puisque c’est fini et que j’ai oublié les chagrins, les rages, les déceptions. Mais au fond, je me suis levée tous les matins en étant heureuse et avec l’envie de me battre. Parce que c’est un film difficile, lourd, fait avec peu d’argent.
Le résultat est-il conforme à ce que vous aviez imaginé?
Pas tout à fait. Mais j’ai appris, sur moi, sur la vie.
Est-ce difficile d’imposer ses choix, même quand on est Fanny Ardant?
Quand on arrive sur un plateau, c’est très concret, on ne peut pas s’appuyer sur son seul nom. C’était pour moi assez compliqué d’imposer mes choix, de traduire avec mon charabia des choses concrètes, de souvent demander des choses qui se contredisaient, d’imposer quelque chose dont je n’étais pas sûre. Quand ça marchait, c’était génial, par contre.
Avez-vous utilisé votre expérience d’actrice pour diriger vos acteurs?
J’ai pensé à moi comme actrice. J’ai appris à parler aux acteurs pour qu’on soit sur la même longueur d’onde.