Culture
11:25 3 avril 2019 | mise à jour le: 3 avril 2019 à 11:26 Temps de lecture: 5 minutes

Loop Sessions: Incursion chez les faiseurs de «beats»

Photo: Josie Desmarais/MétroLes soirées Loop Sessions ont lieu chaque dernier mercredi du mois au café-disquaire 180g, dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Pour cette 26e édition, l’équipe des soirées Loop Sessions a ouvert les portes de sa grande messe mensuelle du rythme à Métro. Reportage en pleine fabrication des futurs beats de vos chansons préférées et au cœur d’un métier méconnu: celui de la conception rythmique.

«La mission de ces soirées est d’abord et avant tout l’éducation. On veut que les gens échangent sur leurs méthodes, explique le producteur de Artbeat Montréal, Mark The Magnanimous. On aime aussi mettre les participants en danger: on les sort de leur zone de confort en les invitant à faire en groupe une activité qui est à la base solitaire.»

Les soirées Loop Sessions, qui se tiennent chaque dernier mercredi du mois au café-disquaire­ 180g, ont été lancées par les producteurs et DJ Dr MaD et Lou Piensa après un voyage au Brésil, où ils ont découvert les soirées hebdomadaires BeatBrasilis de la Casa Brasilis, un café-disquaire de Sao Paulo.

Le concept est simple: les organisateurs choisissent un disque à échantillonner sur lequel tous les participants devront travailler. Chacun d’entre eux a cinq minutes chrono pour tirer un extrait sur cet album.

Le reste de la soirée est consacré à créer une pièce d’un maximum de deux minutes qui sera présentée au reste des participants à la fin de l’exercice. Aucune compétition ici; la soirée se déroule dans un esprit collaboratif.

«Ce soir, l’album proposé est Come into Knowledge du groupe Ramp, explique Mah­di Saoula (Dr MaD). C’est un formidable album de soul, de jazz, de groove avec la pièce Everybody Loves the Sunshine

Sur place, l’ambiance est électrisante. Tout le monde travaille à ses beats avec enthousiasme. Les compositeurs présents sont en mode réalisation devant leurs ordinateurs et leurs machines à rythmes, en train de triturer des pistes audio, de les retourner, de les distendre, de les raccourcir… 

«Cette soirée est comme une messe qui rassemble des gens de tous les styles et de tous les points de vue. C’est un véritable incubateur de talents.» – Dr MaD, cofondateur de Loop Sessions

Ils sont installés partout: à une table, sur une pile de 33 tours, au comptoir entre une bière et un café. Un des propriétaires du café, Christophe B. De Muri, surfe entre les participants pour leur servir des assiettes avec un enthousiasme déconcertant. Aux Loop Sessions, on se sent tout de suite inclus dans cette communauté artistique très vivante.

«Ces soirées permettent l’échange et les rencontres; elles encouragent les artistes à sortir de leur sous-sol et à s’exprimer. Elles leur permettent aussi de se faire des contacts. Plusieurs finissent par mixer dans diverses soirées montréalaises», affirme Dr MaD.

La langue du beat
Il est presque 21h et la soirée bat son plein. On sent que les participants sont dans l’urgence, car dans quelques minutes, leurs pièces seront diffusées. On rejoint un des organisateurs de la soirée, Mario Reyes Fuentes (Markings), afin de parler de la scène musicale montréalaise du beatmaking et de ce qui fait son immense vitalité.

«Nous sommes rendus à l’édition 26; je trouve que cela en dit long sur l’événement, déclare Reyes. Ce qui crée le son montréalais, ce sont les barrières de langue. Nous sommes ici avec une communauté multiculturelle. La particularité de notre son vient du fait que les artistes avaient parfois du mal à se comprendre sur le plan linguistique. Ils ont donc trouvé une autre manière d’échanger.»

Un peu plus loin, la chanteuse Dominique Fils-Aimé, dont le récent album Stay Tuned! connaît un grand succès critique, est emmitouflée dans son manteau à une table extérieure et travaille elle aussi sur son ordinateur. 

«Je connais ces soirées depuis le début, mais j’y participe seulement depuis quelques mois, dit-elle. L’exercice musical à la base est un beau défi, mais la consolidation de notre communauté dans un espace ouvert aux nouveaux arrivants est mon aspect préféré. Je rêve de voir ce groupe grandir et continuer à se diversifier. À la base, on y va pour prendre un café avec des amis et faire des beats, mais en réalité, on encourage un mouvement anti-individualiste productif et rassembleur.»

C’est maintenant l’heure d’écouter la musique créée lors de la soirée. La salle est encore plus bondée qu’à notre arrivée, des gens étant arrivés juste pour ce moment. Markings et Dr MaD sont au micro et appellent les participants dans l’ordre où ils se sont inscrits.

Loop Sessions 26 se termine dans un hochement de tête généralisé et on pense déjà à la prochaine édition.

Articles similaires

Commentaires 1

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Charles

    Ça serait cool que alliez aussi voir les Sunday scratch sessions