Culture

Gala Québec Cinéma: 1991 raisons de célébrer

Gala Québec Cinéma: 1991 raisons de célébrer
Photo: Pablo Ortiz/MétroL'équipe de 1991.

Avec les prestigieux trophées du Meilleur film, de la Meilleure réalisation et du Prix du public, le film 1991 sort grand gagnant du Gala Québec Cinéma. 

Le réalisateur Ricardo Trogi a tout déballé lors de sa première montée sur la scène. «Qu’on gagne pas d’autre prix, ça risque d’arriver», a-t-il dit. Jusque-là, le troisième volet de sa série de films autobiographiques avait déjà remporté l’Iris de la Meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien grâce au jeu de Sandrine Bisson et le prix du Meilleur montage lors du Gala Artisans tenu hier après-midi.

Il a profité de cette première présence au micro pour remercier l’acteur Jean-Carl Boucher, son aide-réalisateur Bernard Chabot et ses «amis» énumérés sur sa facture de la SAQ, dont Chardonnay et Pinot Grigio. «Tous ces gens ont été de grands amis pendant mes périodes d’écriture», a-t-il blagué.

«J’ai envie de rester jusqu’à temps que j’aie l’âge de Béatrice Picard. Merci Ricardo! MERCI!» –Sandrine Bisson, débordante d’enthousiasme en recevant le prix de la Meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien

Avec un total de six statuettes Iris, dont cinq remportées au Gala Artisans, La Bolduc est reparti avec le plus grand nombre de récompenses, dont celle de la Meilleure interprétation féminine pour Debbie Lynch-White. Après avoir lancé un «tabarnouche!» bien senti, la comédienne a rendu hommage à la chansonnière qu’elle a personnifiée au grand écran, une «femme forte» et «d’une importance capitale au Québec».

Le gagnant dans la même catégorie chez les hommes, Martin Dubreuil, est quant à lui venu chercher la troisième récompense du film À tous ceux qui ne me lisent pas, dans lequel il interprète le poète Yves Boisvert. Ce faisant, il a mentionné à juste titre que la statuette ressemblait à un «jarret du futur» (voir notre photo dans la colonne des gagnants), en plus de saluer l’audace du tandem formé de Guillaume Corbeil et de Yan Giroux pour avoir réalisé un film «sur un poète pas très connu».

Ces derniers ont d’ailleurs été récompensés d’abord pour le Meilleur premier film, puis pour le Meilleur scénario. Ils ont réclamé «plus de poésie sur nos écrans et dans nos vies».

Un des favoris de la soirée, Une colonie, est reparti avec trois Iris, dont celui de la Révélation de l’année, décerné à la jeune actrice Émilie Bierre. Celle-ci a souligné avec raison la belle place accordée aux jeunes dans la cuvée 2019 du cinéma québécois : «On n’est plus seulement les enfants des parents, on est les personnages principaux.»

Un autre bon coup à mentionner est la présence remarquée des artisans autochtones tout au long de la cérémonie, notamment grâce aux présentations de prix par l’acteur Rykko Bellemare et la grande cinéaste Alanis O’Bomsawin.

La remise de l’Iris du Meilleur documentaire à Kevin Bacon Hervieux, primé pour Innu Nikamu : Chanter la résistance, a également donné lieu à un discours inspirant, dans lequel le cinéaste a dédié son prix à sa communauté. «Le film parle d’un festival, mais le véritable personnage de ce film, ce sont les gens de mon village, ce sont les Innus.»

«Merci d’avoir enduré mon violon qui sonnait la marde et mes turluttes pendant que je dormais» –Debbie Lynch-White, s’adressant à son amoureuse alors qu’elle récoltait son Iris de la Meilleure interprétation féminine


Pablo Ortiz/Métro

Animation inégale
À l’animation, le tandem formé de Guylaine Tremblay et Édith Cochrane a fait une entrée remarquée sur scène, descendant du haut de la salle après un numéro de corde lisse présenté devant un montage d’images des films de l’année. «Bienvenue au Gala Québec Cinéma, même si ça a plus l’air d’Alegria», ont-elles déclaré pour briser la glace.

Si cette première blague a fait rire, on ne peut malheureusement pas en dire autant du reste de leur animation, dont les gags sont trop souvent tombés à plat. Avec la présence de Julien Corriveau (Les Appendices) aux textes, on s’attendait à mieux.

Les deux actrices ont toutefois ému le public en rendant un hommage senti aux récents disparus Jean Beaudin et Jean-Claude Labrecque, deux monuments du septième art québécois. L’anecdote d’une Guylaine Tremblay peinant à retenir ses larmes à propos des mots encourageants qu’a eus Labrecque à son égard lors du tournage du film Contre toute espérance était particulièrement touchante.

Un autre bel hommage à notre cinématographie a été rendu en créant des ponts entre des films québécois marquants et ceux qui étaient en lice pour l’Iris du Meilleur film. Cette bonne idée nous a permis de replonger dans quelques classiques, notamment C.R.A.Z.Y., Sonatine et La vraie nature de Bernadette.

Sur le plan des présentations, celle de Monia Chokri et d’Anne-Élizabeth Bossé, fraîchement de retour du Festival de Cannes, s’est particulièrement démarquée par son esprit et son humour. Après avoir été chaudement applaudies, la réalisatrice et l’actrice de La femme de mon frère – sacré Coup de cœur du jury dans la section Un certain regard – ont dit vouloir parler d’autre chose que de leur expérience cannoise. Mais rien n’y a fait. La preuve : lorsque Monia Chokri a accepté de faire une «présentation sobre et élégante», sa complice a rétorqué : «Comme nos looks au Festival de Cannes.»

En dehors de quelques sympathiques moments comme ce dernier, le gala a été marqué par plusieurs longueurs, notamment un montage montrant les prouesses des entreprises technologiques montréalaises, ou encore le numéro sur les invraisemblances au cinéma pour présenter l’Iris du Meilleur documentaire.

La transition entre les segments a parfois laissé à désirer. Alors qu’il était attendrissant de voir le grand Marcel Sabourin présenter À tous ceux qui ne me lisent pas en faisant un parallèle avec J.A. Martin photographe, rendant du même coup hommage à son réalisateur Jean Beaudin, l’arrivée subite à l’écran d’un bonhomme animé de type «tête à claque» a gâché le moment.

Certains pépins techniques auraient également pu être évités, comme la présence de gens devant le télésouffleur au retour d’une pause publicitaire, ce qui a obligé Édith Cochrane à leur demander gentiment, mais en ondes, de se déplacer.