Culture

Crise chez les amuseurs publics dans le Vieux-Montréal

Crise chez les amuseurs publics dans le Vieux-Montréal
Photo: Josie Desmarais/Archives MétroUn cracheur de feu s'exerce à son art pendant le défilé de la Fête nationale, à Montréal.

Certains amuseurs publics menacent de quitter Montréal pour se diriger vers Québec et Ottawa, a constaté Métro. Le manque d’espaces et de plages horaires disponibles pour leur permettre de se produire dans le Vieux-Montréal ainsi que les nombreuses contraventions remises en vertu d’un règlement jugé «répressif» sont en cause.

«La Ville m’empêche d’exercer mon art», soupire Mick, un amuseur public qui fait rire et danser les touristes et les résidants du Vieux-Montréal chaque été depuis plusieurs années. 

À la mi-mai, l’arrondissement de Ville-Marie a décidé de rendre accessible aux musiciens le seul emplacement de toute la ville où des amuseurs publics faisant usage du feu sont permis. Une pratique qui nécessite une autorisation du Service de sécurité incendie de Montréal.

Depuis, les amuseurs publics avec permis du Vieux-Montréal, qui comprennent notamment les jongleurs, les cracheurs de feu et les danseurs, peinent à obtenir des plages horaires pour cet emplacement. Ils affirment que le système de réservation en ligne par lequel ils doivent passer avantage de facto les musiciens, beaucoup plus nombreux à faire une demande.

«La dégradation du nombre de places pour les amuseurs publics fait en sorte qu’il y en a de plus en plus qui quittent Montréal. Moi, je suis à Québec présentement», confie à Métro l’amuseur public Éric Girard, qui représente ses pairs au sein d’un comité qui peine à se faire entendre auprès de l’arrondissement. 

Depuis plus de 15 ans, M. Girard se rend régulièrement à l’emplacement de la place Jacques-Cartier pour réaliser des performances impliquant du feu et des couteaux, entre autres. Il attire parfois quelques centaines de personnes, qui se rassemblent dans un cercle autour de lui pour le regarder.

«L’an passé, il y aurait eu une plainte de quelques musiciens comme quoi ce n’était pas équitable qu’il y ait un emplacement seulement pour les amuseurs publics», raconte M. Girard.

«Les demandes concernant l’utilisation de l’espace public dans le secteur du Vieux-Montréal ont toujours été nombreuses et divergentes. Nous en sommes arrivés à la conclusion, avec les services, qu’il est primordial de les traiter équitablement», fait valoir le conseiller du district Saint-Jacques, Robert Beaudry, dans une déclaration écrite. 

Or, en plus du Vieux-Montréal, les musiciens peuvent se produire dans le réseau du métro et dans de nombreuses rues achalandées de la métropole, tandis que les amuseurs publics disposent d’options plus limitées, souligne la danseuse de flamenco Susana Gomez.

«La Ville prétend qu’elle veut être équitable pour tout le monde, mais nous, ce qu’on veut, c’est qu’il y ait plus de places pour performer», réclame Mme Gomez, qui a interpellé directement la mairesse de Montréal, Valérie Plante, mercredi dernier, pendant la séance du conseil d’arrondissement de Ville-Marie. 

«Les amuseurs ne sont pas autorisés à aller nul part ailleurs. Il y en a plusieurs qui décident d’aller à Ottawa ou à Québec […] Est-ce que c’est la fin des amuseurs publics à Montréal?» -Susana Gomez

Le représentant des amuseurs musiciens au sein du comité paritaire, Christian Verrillo, déplore pour sa part que la Ville ait aboli l’an dernier les auditions pour les amuseurs publics et les musiciens dans le Vieux-Montréal. Ce qui, selon lui, «nuit à la qualité des performances» qui y sont données.

Manque d’emplacements
Dans les dernières années, le nombre d’emplacements disponibles pour les performances des amuseurs publics dans le Vieux-Montréal a diminué. Cette saison, ils se limitent à la place Jacques-Cartier et à la place d’Armes.

Des prestations peuvent aussi être données à certains endroits de la rue Saint-Paul Est, mais ceux-ci ne sont réservés qu’aux mimes, aux «statues» et aux magiciens, indique le règlement de l’arrondissement de Ville-Marie. Ce même règlement a interdit les performances à grand déploiement et celles impliquant un système d’amplification dans cette rue, à la suite de plaintes pour bruit excessif.

«Dans le Vieux-Montréal, on pouvait performer sur la place Vauquelin et dans la rue Saint-Paul, il y a quelques années. On a perdu, depuis, la Place Vauquelin. Cette année, il y a aussi moins d’options dans la rue Saint-Paul parce qu’il y a de la construction», soulève Mme Gomez. 

Les emplacements restants font donc face à une demande plus grande que l’offre, venant réduire le nombre de performances que peuvent réaliser hebdomadairement les amuseurs publics. Ces performances constituent, pour certains d’entre eux, une source de revenu importante.

«On travaillait normalement six jours par semaine. Maintenant, avec le système qu’ils nous offrent, on a deux spectacles par semaine», déplore Peter Snow, qui est amuseur public depuis 42 ans.

Amendes salées
Par ailleurs, les amuseurs publics peuvent écoper d’amendes pouvant grimper jusqu’à 500$ s’ils ne se présentent pas à l’heure prévue à l’emplacement qu’ils ont réservé en ligne, ou s’ils réalisent une performance sans avoir réservé leur place à l’avance.

«On peut recevoir des amendes pour des raisons complètement absurdes», déplore M. Snow. 

Un constat que partage Susana Gomez.

«Si les gens désobéissent au règlement, c’est parce que le règlement n’est pas juste», résume la danseuse, qui n’hésite pas à qualifier celui-ci de «répressif».

«L’arrondissement et le comité paritaire feront le bilan à la fin de la saison et apporteront, s’il y a lieu, les ajustements nécessaires au bon fonctionnement des emplacements», a quant à lui indiqué M. Beaudry.