Culture
20:29 2 août 2019 | mise à jour le: 3 août 2019 à 16:37 Temps de lecture: 7 minutes

Rüfüs du Sol: À toute heure du jour et de la nuit

Rüfüs du Sol: À toute heure du jour et de la nuit
Photo: Frazer Harrison/Getty ImagesJames Hunt de Rüfüs Du Sol

La musique électro pop du trio australien Rüfüs du Sol est tout indiquée tant pour étudier ou travailler le jour que pour danser jusqu’aux petites heures du matin. Le secret de son éclectisme tient en trois mots: liberté, créativité et expérimentation. Le groupe en fera la démonstration samedi à Osheaga. 

«Une chose qui nous aide, je crois, est que nous embrassons toute une gamme d’émotions, analyse le batteur de Rüfüs du Sol, James Hunt. Nous ne nous limitons pas seulement à ce qui est pop; nous allons aussi dans des zones plus sombres. De s’ouvrir à ça nous permet plus de possibilités.»

Ça s’entend d’entrée de jeu sur le troisième et plus récent album de la formation, Solace, paru l’automne dernier. L’opus démarre avec de lentes notes d’orgue ponctuées de synthé, auxquelles vient se superposer la voix empreinte de vulnérabilité de Tyrone Lindqvist qui chante «I just wanna treat you better».

Le trio originaire de Sydney a connu un succès instantané dès la sortie de son premier long jeu, Atlas, paru en 2014, qui s’est hissé au premier rang en Australie. Son plus grand tube, l’accrocheuse You Were Right (tiré de Bloom, paru en 2016), a cumulé près de 64 millions d’écoutes sur Spotify.

Le son à la fois dansant et planant de Rüfüs du Sol plaît à un large éventail d’oreilles, qui peuvent en profiter  à toute heure du jour et de la nuit et en toute circonstance (ou presque).

«Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais je trouve fantastique que notre musique puisse être appréciée d’autant de façons!» s’emballe au bout du fil James Hunt, joint à Austin, au Texas, où s’est arrêtée la tournée du groupe la semaine dernière.

«Je fais beaucoup de méditation avant de monter sur scène. Fut un temps où notre rituel était de prendre un shooter de whisky, mais j’apprécie vraiment être complètement à jeun et présent lors des spectacles. Je sens que je connecte vraiment avec le public au lieu d’être dans ma bulle. Je me sens mieux ainsi.» -James Hunt, batteur de Rüfüs du Sol  

«On se promène beaucoup dans le monde et, à notre grande surprise, on a entendu quelques fois notre musique jouée dans des cafés… C’est peut-être attribuable au fait qu’on puise nos influences dans la musique électronique de club, tout en composant des chansons auxquelles les gens peuvent s’identifier – au-delà des effets sonores –, que ce soit dans les paroles ou la mélodie.»

Influences multiples

Il faut dire que le groupe n’a pas peur d’élargir ses horizons et de diversifier ses influences. Pour preuve, ces jours-ci, ses musiciens raffolent…  des Beatles! «Tyrone vient de découvrir les Beatles. On s’entend, il les connaissait déjà de réputation, mais il est vraiment en train de plonger dans leur univers. On réalise qu’ils étaient d’extraordinaires auteurs-compositeurs! C’est si bon!» laisse tomber James Hunt en riant.

Les musiciens sont aussi «obsédés» en ce moment par tout ce qui sort de la maison de disques After Life, fondé par le duo de DJ italiens Tales of Us, de même que par le duo néerlandais Weval. «Dès qu’on découvre quelque chose de cool, on l’envoie aux autres gars et on leur dit d’aller écouter», résume le batteur.

L’échange est d’ailleurs au cœur de la démarche créatrice de Rüfüs du Sol. Si, sur scène, James Hunt reste derrière ses percussions, on risque fortement de le trouver à s’amuser sur des claviers en studio, mentionne-t-il en exemple. «Chacun de nous trois peut écrire n’importe quelle partie d’une chanson, que ce soit le beat ou la mélodie, dit-il. On est tous les bienvenus à lancer des idées. On se permet beaucoup de créativité et d’expérimentation.»

Bien que la tournée occupe une bonne partie de leur été, les trois musiciens débordent déjà d’inspiration pour la conception de leur prochain album. Même qu’ils ont dans leurs cartons pas moins d’une vingtaine d’idées de chansons qui n’ont pas trouvé leur place sur Solace. «Ce sera intéressant de replonger dans ces idées pour préparer le prochain disque!» dit James Hunt, enthousiaste.

Comme dans un vaisseau spatial

D’ici son retour en studio, le groupe trimballe sur les scènes d’Amérique du Nord cet été, puis celles d’Europe à l’automne, une performance aboutie qui, promet le batteur, donne une deuxième vie à leurs chansons.

«On ajoute de petits changements par-ci, un petit jam par-là, donc c’est différent chaque fois; ça crée un effet de surprise. On ne joue pas les morceaux tels qu’ils sont sur les albums.»

En février dernier, lors d’une escale à Melbourne, dans leur pays natal, les musiciens ont pris le temps de mettre au point l’expérience qu’ils veulent offrir à leur public.

«On a travaillé dans une pièce sombre en misant vraiment sur l’éclairage et les effets visuels. Je sens que nous sommes à la bonne place, que notre esthétique est cohésive. C’est un peu comme si notre spectacle se déroulait dans un vaisseau spatial.»

Ce vaisseau atterrira samedi au parc Jean-Drapeau, trois ans après un premier passage à Osheaga et quelques mois après avoir rempli deux fois plutôt qu’une le MTelus, en novembre dernier.

«Ce qu’il y a d’intéressant dans les festivals, c’est que nous ne jouons pas nécessairement devant nos fans. Nous avons donc le défi d’intéresser et de plaire à toute la foule», observe James Hunt.

«Montréal est un de nos endroits favoris», ajoute le batteur. Ah oui, vraiment? Ou bien dit-il cela pour nous flatter? «Les gens sont super, toujours prêts à sortir… Montréal a aussi une formidable scène de musique électronique. On en profite quand on est de passage», assure-t-il.

Le groupe a d’autant plus hâte d’être en ville qu’il se produira moins de deux heures avant The Chemical Brothers, groupe vétéran de la scène électro et tête d’affiche de samedi.

«Nous faisons souvent une reprise de leur chanson Saturate en spectacle. Nous espérons avoir l’occasion de leur parler un peu, de prendre des nouvelles et de leur dire qu’ils sont pratiquement des dieux pour nous!» dit James Hunt en rigolant.

Pour la petite histoire, avant de s’appeler Rüfüs du Sol, le groupe ne portait que son petit nom, Rüfüs. Le succès inattendu de sa musique en Amérique du Nord l’a obligé à modifier son nom en 2018, les droits pour «Rufus» étant réservés.

«On aime bien l’extension “du Sol”, soutient James Hunt. Dans certaines langues, “sol” signifie “soleil”, et on aime ce vague symbolisme. On aime que Rüfüs du Sol sonne un peu comme le nom d’une planète ou d’une galaxie.»

Une galaxie près de chez nous, fort heureusement.

Rüfüs du Sol

Samedi, 19 h 40, sur la Scène verte

À l’occasion d’Osheaga

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