Culture

Cerebrum : une mosaïque brisée

Cerebrum : une mosaïque brisée

ICI Tou.tv a dévoilé une grosse nouveauté dramatique de sa grille cette semaine durant les vacances estivales de beaucoup de gens et à plusieurs semaines de la grande rentrée culturelle. Désaveu ou nouvelle approche afin de rallier les gens devant leurs écrans? Seul le temps nous le dira.

Cerebrum, donc, débarque sur la plateforme numérique de Radio-Canada avec une distribution cinq étoiles menée par Claude Legault et Christine Beaulieu. À l’écriture et à la réalisation de plusieurs épisodes, le prolifique auteur Richard Blaimert reprend du collier après le succès mitigé de sa dernière création Hubert et Fanny.

Cerebrum
Cerebrum

La prémisse est plutôt séduisante alors qu’on approche la santé mentale comme rarement sur nos écrans. Legault tient le rôle d’un psychiatre de renom qui, rapidement, devra composer avec la disparition de sa femme, elle même une psychologue médiatiquement reconnue. Se greffe au couple leurs deux enfants ainsi que plusieurs dizaines de personnages forts dans ce qui deviendra une enquête et une observation minutieuse des moments marquants dans la vie de tous ces gens.

C’est à partir de là que les choses se corsent. Tôt dans la première heure de dix, la confusion s’installe. Qui est qui, qui fait quoi, pourquoi nous présente-t-on cette personne? Les choses se définissent doucement par la suite, mais Cerebrum gagnerait certainement à resserrer son attention. Blaimert, dans son texte, veut donner des moments forts à beaucoup trop d’acteurs et d’actrices de talent sans trop se préoccuper d’imposer un rythme ou un lien entre ces moments.

Ainsi, l’enquête locomotive du récit est souvent un accessoire dans le décor. C’est un problème dans l’appréciation de la dramatique puisqu’un constat s’impose après trois épisodes : ce n’est pas particulièrement intéressant de suivre toutes ces vies.

La mosaïque était probablement très riche et lumineuse sur papier, mais à l’écran on retrouve plutôt des pièces brisées et éparpillées par le temps et le passage des gens. Le casse-tête ne retrouve jamais complètement sa forme initiale et malgré une approche intéressante et pertinente sur la santé mentale, on se retrouve avec une dramatique prétentieuse, ennuyante et doublée de dialogues plaqués et inégaux. Difficile après ça de s’accrocher aux épisodes malgré les chutes convenues à la fin de ceux-ci.

Je pense que je voulais aimer Cerebrum en raison de sa distribution et de l’auteur et mes attentes m’ont joué des tours. J’y ai cherché mon compte durant tout mon visionnement et, finalement, ça ferait surement un meilleur film de deux heures en coupant les trop nombreuses intrigues secondaires. Si vous souhaitez vraiment une thriller envoûtant sur une disparition, je vous suggérerais plutôt le film Gone Girl inspiré du roman du même nom.

Attendons par contre avant de condamner à jamais les textes de Blaimert. Deux séries décevantes de suite, ça arrive aux meilleurs. On lui souhaite de retrouver son «X» pour la suite des choses. Parce que la recherche minutieuse et respectueuse d’un sujet ne fait pas forcément un bon récit. Même chose pour l’accumulation de personnages forts. Richard Blaimert est un auteur de talent et c’est peut-être là son plus grand défi : ne pas trop écrire ses séries.

Suivez Stéphane Morneau