Funkytown: sexe, drogue et disco
Patrick Huard est allé fouiller dans les archives des grands réseaux de télévision avant le tournage de Funkytown. L’humoriste y incarne Bastien Lavallée, un animateur vedette au sommet de la gloire… et au bord du précipice.
Dans sa préparation, Patrick Huard s’est attardé aux émissions mettant en vedette Alain Montpetit, une étoile du petit écran québécois dont la carrière a servi d’inspiration à son personnage. Parmi les titres qui ont retenu l’attention de l’acteur, citons Le grand gala canadien du disco, une cérémonie que Montpetit a coanimée avec Michel Jasmin sur les ondes de Télé-Métropole. «C’est extraordinaire, ironise-t-il. Le numéro d’ouverture, c’est quatre personnes qui dansent comme des robots pendant six minutes… Ça donne une bonne idée du reste.»
Alors que, pour certains, le disco symbolise légèreté, paillettes et verres fumés, pour d’autres, il évoque une période de débauche et d’excès. Voilà la prémisse de Funkytown, un film choral signé Daniel Roby qui relate le parcours houleux de sept témoins privilégiés de cette époque : un présentateur vedette et père de famille sur la corde raide (Huard), un danseur prisonnier de son homosexualité refoulée (Justin Chatwin), un chroniqueur artistique jet-set (Paul Doucet), un producteur de disques magouilleur (Raymond Bouchard), une chanteuse sur le déclin (Geneviève Brouillette) ainsi qu’un jeune propriétaire de club et sa jolie secrétaire (François Létourneau et Sophie Cadieux). «Je voulais montrer l’envers de la médaille, le rise and fall», dit l’auteur Steve Galluccio (Mambo Italiano). «Dans la majorité des films, quand un personnage s’en va vers la déchéance, on essaie de l’expliquer en retournant dans son passé, en déterrant un vieux problème avec son père, etc. Ce n’est pas le cas ici, souligne Patrick Huard. Bastien prend un mauvais virage : il trompe sa femme et il tombe dans la drogue. Il met le bras dans une machine sans se rendre compte qu’il est en train de se faire déchiqueter. Et ce qu’il y a de plus pathétique dans son cas, c’est que le jour où il réalise qu’il a pris le mauvais chemin, au lieu de revirer de bord et de prendre le bon, il accélère.»
C’est dans le Montréal multiculturel des années 1970 que Galluccio a choisi de situer l’action de sa dernière offrande. Soutenu par Téléfilm Canada dans le cadre de son programme d’aide financière aux longs métrages québécois en anglais, Funkytown met en scène plusieurs personnages s’exprimant dans la langue de Shakespeare. «C’était important pour moi de dépeindre ma réalité, d’avoir des scènes où on voit un personnage parler en anglais avec sa femme et en français avec sa fille. Ça fait tellement Montréal!» note Galluccio.
Patrick Huard n’est pas étranger aux productions bilingues. En 2006, il a fracassé tous les records au box-office grâce à Bon cop, bad cop, un long métrage bilingue. À plusieurs égards, son discours rappelle celui tenu par Jacob Tierney à l’été 2010. Le réalisateur avait alors dénoncé vertement l’homogénéité du cinéma québécois. «La cohabitation des deux cultures à Montréal, on ne la dépeint jamais à l’écran. C’est soit la bulle des anglophones, soit la bulle des francophones… comme si on ne se parlait pas, observe Patrick Huard. C’est fini, l’époque où le boulevard Saint-Laurent divisait la ville en deux pour qu’on puisse se garrocher des roches de chaque bord!»
Steve Galluccio ne craint pas que la présence de sous-titres nuise à la popularité de Funkytown aux guichets. «Je pense que les gens sont moins paresseux qu’on le croit, remarque-t-il. So what qu’un film québécois soit sous-titré? On va bien voir des Pedro Almodovar en espagnol!» Pour Funkytown, Daniel Roby a pu compter sur un budget d’environ 8 M$, un montant plutôt élevé quand on le compare aux 750 000 $ dont il bénéficiait pour réaliser son précédent long métrage, La peau blanche. «Je n’ai pas ressenti de pression à cause du budget, soutient le cinéaste. Mon principal souci, c’était de faire un film à la hauteur des attentes des gens qui ont connu l’époque disco.»
Funkytown
En salle dès le 28 janvier