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Ils sont fous, ces citadins!

Jessica Émond-Ferrat - Métro

Ils raffolent de la pizza au sanglier faite localement. Un menhir trône dans leur village. Ils s’autosuffisent et résistent encore et toujours à «l’envahisseur» : l’exode rural. Nous ne sommes pourtant pas en Gaule, mais dans le petit village de Saint-Camille, en Estrie, un véritable modèle de développement local.

Isaac Isitan, réalisateur québécois d’origine turque, a lui-même grandi dans un village de Turquie où la coopération, le développement durable et le commerce local étaient à l’honneur. «Quand j’y suis retourné, 20 ans plus tard, le village était devenu une ville, se souvient-il. J’étais dépaysé, j’avais perdu mes racines.»

C’est ainsi que le cinéaste a commencé à s’intéresser aux villages autosuffisants, et celui de Saint-Camille, dans sa province d’adoption, l’a particulièrement interpellé. «C’est un village fort et visionnaire, dit-il. Ils ont prouvé que c’était possible, si chacun met la main à la pâte, de se faire une ville à notre goût. Les habitants de ce village se sont arrangés pour que chacun produise un élément essentiel pour permettre à chacune des 25 familles de vivre. C’est ça qui m’a fasciné, à la base.»

Pour tourner le documentaire Saint-Camille : les irréductibles, Isaac Isitan a passé quatre ans à «s’imprégner de la culture de Saint-Camille». «Faire un film me prend toujours du temps, car je veux prendre le temps de créer des liens d’amitié avec les gens, explique-t-il. Je choisis les « personnages » que je veux mettre de l’avant. C’est avant tout là-dessus que je me base; les histoires des gens.»

Le réalisateur n’a pas eu de difficulté à se faire accepter dans la communauté, puisque ses films étaient déjà connus et appréciés des gens de Saint-Camille. «N’importe qui n’aurait pas pu arriver là avec sa caméra, croit-il. Ils ont choisi en moi leur cinéaste, et ça m’a fait énormément plaisir. Pour tourner un tel film, il faut être au bon endroit au bon moment afin de capter les images les plus fortes, et ce n’est possible qu’en habitant là pendant un temps.»

Sans croire que les initiatives comme celle de Saint-Camille pourraient régler tous les problèmes globaux, Isitan souhaite que son film montre au public une direction qu’il est possible de prendre. «Le modèle néo-libéral, ça ne fonctionne plus, croit-il. Les gens de Saint-Camille ont travaillé fort pour en arriver là, mais dégustent le fruit de leurs efforts.»

Saint-Camille :?les irréductibles
À la Cinémathèque québécoise
Mercredi à 20 h

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