Culture

Dans le brasier des «Pompières et pyromanes»

Pompières et pyromanes de Martine Delvaux
Martine Delvaux Photo: Josie Desmarais/Métro

L’autrice et essayiste féministe Martine Delvaux publie le 22 septembre Pompières et pyromanes, un ouvrage brûlant en réaction à la crise climatique. À travers la figure absolue du feu, elle y témoigne du combat de sa fille — et d’une jeunesse éloquente — pour un avenir plus lumineux que ce qu’on prédit.

Greta Thunberg, les sorcières de Salem, les importants incendies… Martine Delvaux met, de fait, le feu aux poudres. Ou plutôt, elle démontre que le fatalisme n’est pas une solution aux changements climatiques. Pour ce faire, elle suit brillamment le fil conducteur de l’incandescence et s’adresse à tout le monde.

Au début de Pompières et pyromanes, vous écrivez Pour l’inconnu qui, sur un fil de discussion en ligne, a écrit à mon sujet: «J’ai l’impression d’une pompière pyromane.» Pouvez-vous nous en dire plus?

C’était sûrement une insulte, mais je l’ai pris comme une invitation. L’image est intéressante. On entend parler des pompiers pyromanes pour qualifier, par exemple, des politiciens qui sèment le feu en causant un scandale qu’ils vont ensuite réparer. Mais la pompière pyromane, on ne l’a jamais vue. Je me suis mise à réfléchir à ce que cela pouvait signifier en lien avec Le monde est à toi (aux éditions Héliotrope, 2017), une lettre d’amour à ma fille sur la transmission féministe. Aujourd’hui, Élie a 18 ans et même si le monde est le même, la crise climatique, elle, s’est accentuée. On en sent les effets d’une manière très forte. Mon regard sur le monde a aussi changé, et on ne s’adresse pas de la même façon à une jeune adulte qu’à une adolescente. L’enjeu était là.

Le récit a-t-il un rapport avec la parentalité?

Ce qui m’intéressait était de penser la figure maternelle comme celle qui lègue le feu, alors que ce dernier est une figure masculine. Les femmes, transmettons-nous le feu? Peut-être qu’il est aussi question de ce double geste de partir un feu et de l’éteindre en donnant la vie. En ce qui concerne le non-désir d’enfant de ma fille dans l’état actuel du monde, je serai toujours là pour elle, quoi qu’il arrive, car je ne suis pas le fantasme de la grand-parentalité. C’est son choix. Il y a une liberté qu’il faut accorder aux jeunes dans cette prise de position, ne pas minimiser ce non-désir, qui est politique.

L’écoanxiété est au centre de Pompières et pyromanes. Qu’en est-il?

Le défi de ce livre, son objectif, était de réagir à cette question de l’écoanxiété. Être à la fois dans le désespoir et dans l’espoir. Les adolescents et les jeunes adultes nous demandent, je crois, d’accepter de penser tout cela en même temps. Comment faire alors pour en parler? L’enjeu de l’écologie est tentaculaire et incompréhensible pour la majorité des gens, moi y compris. D’où cette mésentente entre les différentes générations. La génération Z paie les excès de celle des baby-boomers, qui va disparaître bien avant que ces jeunes soient confrontés au pire des changements climatiques.

D’où vient votre fascination pour le feu, qui symbolise à la fois la vie, l’évolution, mais aussi la mort et la fin?

Mon odeur préférée, à vie, est celle de la fumée. Vous savez, lorsqu’on se promène l’automne et qu’un feu brûle quelque part. Je m’en enroberais. Et puis, j’avais toujours cette image de la pompière pyromane en tête. Il y a aussi ce grand écart entre la beauté du film Quest for Fire (Jean-Jacques Annaud, 1981) et les charniers en Inde des derniers mois en conséquence de la pandémie, où l’on incinérait les cadavres à ciel ouvert. Il s’agit d’évoquer la vie et la mort de la manière la plus banale, la plus poétique qui soit. En lisant sur le feu et les femmes, on voit également à quel point il a été utilisé contre elles. De nos jours, les femmes sont d’ailleurs toujours victimes d’attaques à l’acide. On les brûle sans feu, mais c’est la même chose.

Écologie, féminisme… Y a-t-il une convergence des luttes?

C’est une affaire de militantes! En écrivant Pompières et pyromanes, je me disais qu’on avait beaucoup galvaudé l’image de Greta Thunberg, que cela soit devant Donald Trump, l’ONU ou le Congrès américain. Mais quand on s’intéresse à ce qu’elle fait et à sa manière de continuer, il y a quelque chose d’un engagement total. Et elle n’est pas seule. C’est fascinant de voir des hommes blancs — pas juste des politiques, mais des banquiers, des financiers, la Silicon Valley au grand complet — à la tête de notre monde d’un point de vue global et leur pendant: des jeunes femmes qui, tant bien que mal, leur tiennent tête et n’ont aucun pouvoir. Elles sont complètement en situation de vulnérabilité. La charge mentale qui incombe aux femmes en termes de care est la même par rapport à l’écologie. Je suis convaincue qu’il y a des vases communicants. D’un autre côté, je me demande pourquoi c’est encore aux femmes de démultiplier leurs tâches pour tout faire en même temps.

Parce que vous mettez le feu au monde tel que certain.es continuent à préférer ne pas le voir, ne pas le penser […] Vous, ce que vous voulez, c’est le réinventer pour pouvoir, peut-être, exister.

Extrait de Pompières et Pyromanes de Martine Delvaux
Pompières et pyromanes couverture
Pompières et pyromanes de Martine Delvaux, le 22 septembre aux éditions Héliotrope

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