Snow and Ashes: la guerre made in Québec
Tourner un film de guerre sans grands moyens, voilà un pari risqué. Mais cela n’a pas empêché le jeune cinéaste Charles-Olivier Michaud de situer l’action de son premier film dans le cadre d’un conflit guerrier indéterminé, situé au cœur de la Russie… mais tourné dans la région de Québec.
Pourquoi la Russie? La raison est fort simple : «Il n’y a aucun autre pays en guerre qui ressemble au Québec, et comme je n’avais pas les moyens d’aller tourner à l’endroit même, comme Denis Villeneuve l’a fait pour Incendies, j’ai dû trouver mes lieux de tournage directement au Québec, explique Michaud. La plupart du temps, on écrit un scénario et on trouve les lieux après… moi, ç’a été l’inverse!»
Snow and Ashes met en scène Blaise (Rhys Coiro), un journaliste de guerre qui revient sans son photographe et ami David (David-Alexandre Coiteux) après avoir couvert un conflit armé en Russie. Par le biais des flash-back de Blaise, on découvrira peu à peu ce qui est arrivé à David.
Charles-Olivier Michaud a choisi d’écrire son film en anglais pour plusieurs raisons. Outre l’évident attrait de l’exportation, une question logistique s’est imposée : «S’ils vont à la guerre en Russie, en quelle langue vont-ils rencontrer les gens? L’anglais était la réponse la plus logique.»
La langue de Shakespeare lui a aussi permis de proposer le rôle principal à Rhys Coiro, le Billy Walsh de Entourage. «Ç’a été étonnamment facile. On lui a envoyé le scénario et il m’a rappelé trois jours après. La première conversation était étrange parce qu’il n’est pas très bavard, mais on a fini par avoir une conversation de deux heures et demie!»
Une inquiétude subsistait néanmoins : une vedette de Hollywood tiendrait-elle tout le long du tournage d’un film indépendant, au budget maigre, et dans la neige de surcroît? «Je me disais qu’il se tannerait après quelques jours, mais il en demandait toujours plus, un vrai guerrier! s’exclame Michaud. C’était inspirant.»
Et heureusement, car le cinéaste n’avait pas envie d’attendre d’avoir davantage de moyens pour faire Snow and Ashes. «J’étais rendu là dans ma vie. J’ai toujours voulu faire un film sur les journalistes de guerre; j’ai d’ailleurs déjà voulu exercer ce métier, raconte le cinéaste. Ça me fascinait, je voulais comprendre pourquoi ces gars-là font ça? Ce n’est pas pour l’argent, parce que ça ne paie pas, ni pour la gloire parce qu’on ne les connaît pas… Je souhaitais aussi porter un regard différent sur la guerre, autre chose que le point de vue de l’armée qu’on privilégie généralement.»
Sorties à l’envers
Si Snow and Ashes est le premier long métrage de Charles-Olivier Michaud, il est sorti après sa seconde réalisation, le film de danse Sur le rythme. «Je ne m’en cache pas, il y avait une pensée stratégique derrière tout ça. Et je ne voulais pas sortir un film d’hiver en été; c’est trop déprimant, même moi, je ne serais pas allé le voir!» rigole-t-il.
Après avoir signé ces deux œuvres à l’opposé l’une de l’autre, Michaud a maintenant un autre projet en tête. «C’est moi qui ai écrit le prochain, dit-il. Je pourrai combiner les deux expériences pour faire un film encore meilleur et me réinventer.»
Snow and Ashes
En salle dès vendredi