Le duo électro français Air revient avec un album cosmique
En 1998, Air faisait paraître Moon Safari, un disque mémorable, planant et sexy, qui s’est vendu à deux millions d’exemplaires à travers le monde. Quatorze ans plus tard, Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel se sont payé un autre trip astronomique en signant la musique pour la version couleur restaurée du Voyage dans la lune de Georges Méliès. Les compos qu’ils ont créés pour ce film muet de 1902, inspiré par Jules Verne, se retrouvent en version longue sur leur dernier disque, également intitulé Le voyage dans la lune. Jean-Benoît nous raconte le pourquoi du comment.
Vous aviez 14 minutes de film sur lesquelles vous deviez placer de la musique. Est-ce que c’étaient les 14 minutes les plus difficiles à composer de votre carrière?
Non! (rires) Je pense que d’avoir des images pour s’inspirer, c’est plus facile que si l’on a rien.
Donc, j’imagine que vous avez su trouver beaucoup de liberté dans ce projet, malgré les contraintes? En fait, y avait-il des contraintes?
Oui: le silence. Comme c’est un film muet, il fallait que la musique raconte l’histoire. Il n’y avait pas de son, pas de dialogues… Notre travail est plus proche du vidéoclip que de la musique de film, finalement.
En composant, est-ce que vous projetiez Le voyage dans la lune en boucle? Vous en aviez une copie numérique? Pellicule?
Une copie numérique, de travail, que l’on faisait jouer sur un écran d’ordinateur. On superposait ensuite les sons sur les images.
On sait que vous êtes un grand amateur de science-fiction. Enfant, vous lisiez beaucoup de Jules Verne?
Oui, oui, De la Terre à la Lune, notamment!
C’est une chose dont vous rêviez, de passer de la Terre à la Lune?
Oui, mais moi c’est surtout Le tour du monde en quatre-vingt jours qui m’a passionné.
Ah! mais ça, aujourd’hui, vous le faites presque!
C’est vrai, maintenant, on pourrait le faire en dix heures, en jet! (Rires)
Quelle place le cinéma occupe-t-il dans votre quotidien ?
Une place assez importante. La musique de films aussi, c’est quelque chose qu’on aime bien. Quelqu’un nous disait que ce qu’il avait remarqué dans la carrière de Air, c’est qu’on avait réussi à percer avec des pièces instrumentales. Du coup, c’est comme si on faisait toujours de la musique de films, quoi!
J’entendais Nicolas dire dans plusieurs entrevues que, pour vous, le Paris illustré dans le film de Méliès est l’équivalent du Londres des années 1960. Vous qui avez voyagé partout, avez-vous trouvé un équivalent de ce Paris et de ce Londres? Un endroit où TOUT se passe de nos jours au niveau artistique?
Oui. Il y a New York et puis, hmm… Londres, Paris, Los Angeles…
…Montréal?
Peut-être un petit peu. Sinon, Vancouver et Berlin aussi.
Il fut un temps où vous étiez davantage connus en Amérique du Nord et en Angleterre que chez vous, en France. Ça a changé?
Je crois qu’on est maintenant un peu plus connus en France à cause de Virgin Suicides [film pour lequel ils ont composé la bande-sonore], Sofia Coppola [réalisatrice du film] et tout ça.
Votre premier album, Moon Safari, a été qualifié de «classique instantané». Ce fut dur, pour la suite des choses, d’avoir démarré votre carrière en force comme ça?
Oui. C’était surtout difficile – et ça l’est encore – de maintenir le même niveau de réussite commerciale (Rires). Disons qu’il y a des hauts et des bas.
Souvent, en entrevue, vous dites, Nicolas et vous, qu’une de vos plus grandes craintes, c’est de devenir ennuyeux. Pourtant, à chaque disque que vous faites paraître, vous vous renouvelez. D’où vous vient cette peur alors?
Je ne sais pas, mais c’est vrai qu’on sent constamment le besoin de nous revitaliser avec des projets annexes. Entre les disques, Nicolas et moi, on fait autre chose. Dernièrement, on a fait la musique pour un jeu vidéo.
À part faire de la musique pour d’autres projets que Air, prenez-vous d’autres moyens pour vous «revitaliser»?
À part les vacances, les lectures et les expos artistiques? Non. (rires)
Si la musique n’existait pas, que feriez-vous?
Je ne pense pas que je pourrais vivre.
Sur Pocket Symphony, un de mes disques favoris de Air, vous avez collaboré avec Jarvis Cocker. Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la réunion de Pulp? Ça vous a touché?
Ouais, c’est bien, c’est chouette, c’est intéressant! Ils ont fait des supers morceaux, ce groupe.
Vous avez été les voir jouer depuis qu’ils sont revenus ensemble?
Non, mais nous avons joué avec Jarvis sur scène, à la Villette. Nous avons repris deux ou trois morceaux de Pulp. C’était sympa!
On a souvent associé Air à la French touch. Qu’en pensez-vous? Est-ce que le terme «French touch» a encore la même signification aujourd’hui que lorsque vous avez commencé?
En fait, la French touch s’est reproduite dans autre chose. Aujourd’hui, il y a des artistes plus jeunes qui rayonnent aussi à l’étranger, qui sont dj, et tout ça. Maintenant, les Français sont forts en musique électronique!
Il y a un côté très mythique qui entoure Air. Comment composez-vous avec lui?
Un côté mythique?! Ah! C’est sympa, mais… je ne le sens pas du tout! (Rires)
Air, Le voyage dans la lune, dans les bacs le 7 février