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Sèxe illégal: Bêtes de scène, bêtes de Sèxe

Photo: Denis Beaumont/Métro

Le duo légendaire Sèxe illégal, qui a traversé le temps et les époques, se prépare à entamer une tournée pan-montréalaise avec son tout nouveau spectacle Unplugged in New York à Montréal. Prépare-toi, métropole, car les garçons sont de retour!

Une rencontre avec Paul Sèxe et Tony Légal est toujours synonyme de moment délirant. Vous ne parlez jamais aux vrais gars. Vous parlez constamment à leurs personnages.

Ce jour-là, assis dans un café du Quartier des spectacles, les deux amis, plongés dans leurs rôles et vêtus de leurs plus beaux atours, sirotent leurs cafés glacés. «C’est super bon», dit Tony en tirant sur sa paille. «J’espère. Ça vient de nous coûter 40 piasses», réplique son comparse.

Aux passants curieux qui s’arrêtent, éblouis par le look de rockstars qu’ils arborent en plein après-midi, les barbus font des grands signes de V avec les mains et hurlent : «Vivre!», leur expression favorite. Vivre? «Oui. Vivre, c’est ce qu’il y a de plus important.»

Sur une note plus sérieuse (ouain, c’est ça), ils affirment être les «premiers humoristes transfuges» à être passés de Zoofest, où ils se sont produits à plusieurs reprises, au Festival Juste pour rire, où ils se produiront dès la semaine prochaine. Premiers, vraiment? «Bah, je ne sais pas. Des fois, on dit un peu n’importe quoi.»

Effectivement, il ne faut pas trop essayer d’obtenir une réponse sérieuse avec Paul et Tony. Demandez-leur par exemple de vous raconter leur entrée dans l’univers de la musique, et ces deux types, qui n’ont pas l’air d’avoir plus de 30 ans, vous parleront de leurs débuts, dans les années 1970 (!), au sein du groupe Tubarpe. Un groupe dans lequel, vous l’avez peut-être deviné, l’un jouait du tuba, et l’autre de la harpe. Demandez-leur ensuite si la célébrité leur est tombée dessus rapidement, et ils vous parleront avec passion de la fin des seventies, qu’ils ont vécue, promis, juré, des multiples toilettes chimiques qu’ils ont visitées, de toutes les femmes qui leur sont tombées dans les bras – pow, de même! –, et puis des flashs, des micros, des caméras dans le visage, partout, tout le temps, et de la pression folle, intenable, qui a failli les faire basculer du côté sombre du rock. «Tout d’un coup, alors qu’on ne s’y attendait pas, tout a déboulé. Soudain, on avait un gérant, une attachée de presse, du monde qui nous poussait dans le dos, un accès illimité à la drogue. C’était effrayant.»

Sachant que même les questions les plus sérieuses entraîneront des réponses aussi explosives, mieux vaut assumer dès le départ que ça fait réellement, oui, 40 ans qu’ils roulent leur bosse, qu’ils sont super «big in Japan» et qu’ils ont fait la fête avec John Lennon, leur «Beatle préféré». «C’était un super bon gars. On a vraiment adoré le côtoyer. Il avait toujours le cœur sur la main et le buvard sur la langue.» Ainsi soit-il.

Ils assurent au passage que c’est la fatigue causée par ces quatre décennies faites d’alcool, de chambres d’hôtel et de chambres d’amour qui leur a donné envie de revenir à la maison, dans leur quartier bien-aimé de Villeray. Après les excès, les grosses guitares, les hurlements de groupies et les pluies de soutiens-gorges, Tony et Paul présentent Unplugged in New York à Montréal, un spectacle «doux comme une explosion feutrée».

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De toute façon, se défendent-ils,  le public est assoiffé de dépouillement. Surtout «après les années 1990-2000 avec U2 360°, les lasers partout, le festival de la scène qui ne se peut plus». Eh oui, le public veut du sobre. Et ce que public veut, Sèxe illégal donne. «Ce sera juste Paul à la guitare et moi à la voix, explique Tony. Autant au niveau des décors que des pièces, on va y aller dans la simplicité. On va déshabiller nos chansons. Elles seront complètement nues.» Par contre, tsst, tsst, tsst, ne vous attendez pas à voir les abdos de vos héros de sitôt. Ils garderont leurs vestons et demandent aux demoiselles de faire pareil. «Du moins jusqu’à la fin du spectacle.» Et si vous avez chaud, ben, tant pis! «On ne met jamais l’air conditionné dans la salle, parce que tous les gens qui viennent nous voir sont déjà gelés.»

Ne vous attendez pas non plus à voir des effets spéciaux («c’est nous qui le sommes, spéciaux»), ou des invités quelconques. La raison est simple, avance Tony, en lançant une de ces comparaisons culinaires dont il a le secret : «C’est important que le public nous découvre, vraiment nous, juste Paul et moi. Et pas Paul, moi, et nos invités. Après tout, la meilleure façon de faire connaître le lait d’amande, c’est d’en faire boire, pas d’en mettre dans tes recettes.»

Du rock au rire
En 2011, époque où ils participaient à En route vers mon premier gala, les copains affirmaient être «la meilleure chose qui soit arrivée au rock québécois depuis Gerry Boulet». Ce temps-là est loin. Aujourd’hui, les compagnons estiment être «rendus plus big que Jésus». Mais ils ne s’attribuent aucun mérite pour cet accomplissement. Surtout si on considère que «Jésus est de moins en moins big et qu’il n’est même pas sur Facebook».

Autrefois réticents à l’idée d’être placés dans la catégorie «Humour», les musiciens, qui ont fait paraître l’an dernier leur anthologie, 40 ans dans l’chant, ont fini par accepter leur sort. «On va s’avouer quelque chose, martèle Paul Sèxe. Avec les Napster, les YouTube et tout ça, c’est devenu difficile pour tout le monde dans le milieu de la musique. Il n’y a plus d’argent pour personne.» «L’argent est où?» enchaîne Tony. «Dans l’humour! Regarde Rachid Badouri! Il conduit des Porsche en diamant!»

C’est pourquoi T. et P. ont décidé de faire le grand saut. De toute façon, après 40 ans de chanson, ils avaient envie d’autre chose. «On est ouverts à tout, tant qu’on peut faire des sous. Si jamais, dans deux ans, on a envie de faire de la sculpture, on va appeler Armand Vaillancourt, et collaborer avec lui.»

Mais avant de se lancer en arts visuels, Paul S. et Tony L. ont des questions plus importantes à régler. Notamment se remettre du fait qu’ils n’ont pas été invités à La Voix, ni en tant qu’interprètes, ni en tant que juges. «On aurait pu montrer aux jeunes c’est quoi le VRAI showbiz, avance M. Légal. Expliquer aux candidats comment gérer un lendemain de veille, par exemple. C’est bien beau leur apprendre à chanter, et à bouger avec Scott Price, mais à un moment donné, il faut leur révéler ce qui se passe en coulisse. Les roder dès leur jeune âge, les habituer aux tentations et leur expliquer que tout ça, c’est une question de métabolisme. Et que ça prend un équilibre. Entre foie et rate.»

En voilà de sages paroles. Mais malheureusement, le temps est déjà venu de quitter le duo. Ils disent avoir des réunions à mener, des soundcheck à réaliser, des poitrines à signer… Paul et Tony se lèvent. Montent les bras au ciel. Et font un petit tour du café en criant : «Merci! Merci tout le monde! Beau travail!»

Bon retour, les gars.

Et maintenant… … messieurs, dames…

À la guitare… Paul Sèxe!!!

  • Paul Sèxe en trois adjectifs?
    Je suis assez DIFFUS. Quand même FLEXIBLE. Et facilement ÉMERVEILLÉ. J’ai encore mon cœur d’enfant. Je découvre plein de nouvelles choses sans arrêt. Par exemple des fruits. Il y en a tellement! Comme le kiwi! Le seul fruit qui vient dans un petit bol en poil!! Ça me fait capoter.
  • Quelle chanson Paul aurait-il aimé avoir écrite?
    Eh boy! Ça, c’est chien comme question! Peut-être Heartbreaker de Led Zep. Mais juste le riff. Veux-tu que je te le fasse, pendant 20 minutes de temps sans m’arrêter?
  • Est-ce que Paul Sèxe est plus Beatles ou plus Stones?
    Hmm… Stones pour le road trip et Beatles pour le trip dans le salon.

Et au micro… Tooooony Légal!

  • Qui est Tony Légal?
    Je suis quelqu’un de RICHE. D’assez DROIT. Et d’un peu SÉVÈRE. Je l’avoue, je dois parfois l’être avec Paul, qui est très DIFFUS. Je dois prendre les choses en main. Comme Kent Nagano.
  • Quand Tony ne fait pas du rock, il fait quoi?
    L’amour. Je trouve d’ailleurs que les gens ne baisent pas assez. Si t’as des chances de baiser, lâche tout ce que t’es en train de faire et vas-y! Tout. de. suite!!!!
  • Tony est-il le genre de gars à écouter ses propres chansons en faisant ce qu’il fait lorsqu’il ne fait pas du rock?
    Ça m’est arrivé une fois. J’avais mis le iPod sur shuffle. C’était un peu malaisant.

Sèxe illégal
À la Place des Arts
Du 13 au 20 juillet

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