Cette semaine, on craque pour: Jef Barbara, One Breath d’Anna Calvi, Bates Motel…
Cette semaine, on craque pour… La tête en l’air, Jef Barbara, le nouveau Island, les chiens qui vont à la messe, One Breath d’Anna Calvi, Bates Motel et la distribution de Alyah.
1. La tête en l’air
En salle dès vendredi, La tête en l’air (Arrugas en version originale), petit bijou de dessin animé signé Ignacio Ferreras, d’après une BD de Paco Roca, aborde le thème peu réjouissant du vieillissement et des maux qui viennent avec. Mais Ferreras se plonge dans l’histoire de cet ancien banquier atteint d’Alzheimer et de son coloc de maison de retraite, voyou au cœur tendre, avec tant de lumière, de traits d’humour fins et de sensibilité qu’on ne peut qu’être touché par l’ensemble des attachants personnages. Attendez-vous à avoir la gorge serrée à plusieurs reprises et à verser quelques larmes entre deux éclats de rire. (Jessica Émond-Ferrat)
2. Jef Barbara
Le Montréalais Jef Barbara, un poulain du label français indépendant Tricatel, fait partie de ces artistes à l’aura de star et au charisme foudroyant, capables de créer un univers unique vraiment original en cette époque où les univers uniques vraiment originaux se font plus rares. Avec son second microsillon, Soft to the Touch, paru cette semaine, le créateur glam nous plonge dans une odyssée de 13 titres magiques, aux paroles délicieusement cryptiques et aux sonorités superbement éclatées. La douceur émouvante de Song for the Loveshy, la new wave contagieuse de I Know I’m Late… Voici un album qu’on écoute de 1 à 13 sans jamais ressentir le besoin de sauter un morceau. Coup de cœur, vous dites? (Natalia Wysocka)
3. Le nouveau Islands
Nick Thorburn, dit Diamonds, n’est pas homme à faire des faux pas. Encore moins à donner dans la boulette. Possédant une vision singulière, faisant fi des attentes, l’ex-Unicorns ne craint pas non plus de se lancer dans des explorations sonores multiples. Et ce, même au risque de se faire démonter par certains critiques, comme ce fut le cas avec A Sleep & a Forgetting (2012), disque dont on ne se lassera personnellement jamais et qui marquait une séparation d’avec les précédents Return to the Sea et Arm’s Way. La métamorphose entamée, le musicien, entouré de ses Islands, nous propose désormais Ski Mask. Sur cette offrande coiffée d’une pochette de série B, on renoue avec la plume du frontman, toujours aussi précise et juste, et avec ses textes aussi sombres que ses mélodies peuvent être entraînantes (Nil, Wave Forms…). Novateurs, Nick et ses Îles ne reviennent pas en arrière sur le plan musical avec Ski Mask. Là où ils reviennent, par contre, c’est à Montréal. Après avoir joué l’hiver dernier dans un Cabaret du Mile-End quasi désert, par un lundi de froid, de neige et de février, le band sera au Il Motore ce mercredi. Vous savez quoi faire? (Natalia Wysocka)
4. Les chiens qui vont à la messe
Avec toutes les chicanes entourant la religion dernièrement, il est rassurant de voir que des espèces peuvent s’entendre sur leur dévotion commune. Nous parlons bien sûr des humains et des chiens… et d’une poule. En effet, l’évènement Paws and Pray (museaux et prière), qui a lieu chaque mois à Beaconsfield, allie l’amour des animaux à l’amour de Dieu. Oui, oui, nous parlons bien d’une messe où les fidèles peuvent amener leur meilleur ami canin. Pendant que les humains reçoivent la sainte communion, les quadrupèdes ont eux aussi droit à une petite gâterie (sainte?). On nous assure même qu’une fidèle apporte régulièrement sa poule. Par contre, les félins sont priés de s’abstenir, pour éviter les débordements sectaires chats-chiens. Alléluia. Paws and Pray a lieu tous les dimanches à 13 h au Christ Church Beaurepaire, 455, rue Church, à Beaconsfield. Service en anglais. (Jeff Yates et Andréanne Chevalier)
5. One Breath, d’Anna Calvi
Telle une fée du rock, Anna Calvi est apparue il y a quelques années, avec sa Telecaster, dont elle joue comme s’il n’y avait pas de lendemain, avec son intensité presque théâtrale, avec sa voix sculptée de manière à passer comme ça, en deux secondes, de l’intime au grandiose… Son style, sa signature lui ont valu la bénédiction de Nick Cave et moult comparaisons avec ces grandes dames que sont PJ Harvey et Patti Smith. Respect. Après un premier album éponyme, paru sous étiquette Domino en 2011, la Londonienne revient avec One Breath, toujours sous la même réputée étiquette. Arrangements spectaculaires, folle magnitude, registre multiple, Anna ensorcelle autant qu’elle prend au cœur. Et si elle superpose sa voix, qui sait se faire aérienne, à de doux violons, ce n’est que pour mieux enchaîner avec un gros solo de guit et des ambiances monumentales. N. B. L’album sera disponible mardi. (Natalia Wysocka)
6. Bates Motel
Récemment parue en Blu-Ray, Bates Motel, télésérie qui se prétend un «prequel» à Psycho, étonne autant qu’elle rend perplexe, met mal à l’aise et/ou hante. Si on y trouve plusieurs clins d’œil au mythique classique de Hitchcock, c’est du roman de Robert Bloch, qui a inspiré ledit classique, que se réclame réellement la chose. Dans un décor d’autrefois – le fameux motel des Bates se révèle quasi identique à celui du film de 1960, les vieilles bagnoles sillonnent les routes, et les costumes et l’ameublement ont un doux effluve fifties –, les jeunes sont habillés «à la mode d’aujourd’hui» et s’envoient des textos. Nul doute, ça demande un temps d’ajustement. Cela fait, on plonge tête première dans cet univers qui évoque bien sûr le film original, mais surtout le Twin Peaks de Lynch. L’action prend place dans une petite ville refermée sur elle-même, menée par d’étranges règles non écrites, où se déroulent une quantité de trucs louches. Notons que dans la peau du jeune Bates, Freddie Highmore et son regard psychotique donnent le frisson. On est loin du minois sympa qu’il arborait dans le sucré Charlie et la chocolaterie… (Natalia Wysocka)
7. La distribution de Alyah
On avait aimé Pio Marmaï dans Le premier jour du reste de ta vie et La délicatesse. Mais c’est avec Alyah, d’Elie Wajeman, présentement en salle, dans lequel il joue un dealer parisien qui décide de s’expatrier en Israël, que Marmaï révèle réellement son solide talent d’acteur. Le comédien confère à son personnage, miné par ses indécisions, les responsabilités familiales qu’il veut fuir et l’amour naissant dont il ne sait que faire, toute la complexité voulue. À ses côtés, dans le rôle de son frère, le réalisateur Cédric Kahn fait un éclatant début devant la caméra. La lumineuse Adèle Haenel et le talentueux Guillaume Gouix complètent avec brio l’ensemble. (Jessica Émond-Ferrat)
On se désole pour…
Les vieux qui jouent des jeunes
Une tendance qui m’agace grandement dans le milieu du cinéma et de la télévision, c’est l’habitude de l’industrie de choisir des acteurs et des actrices dans la trentaine pour incarner des ados. Dans The Vampire Diaries, qui recommence cette semaine sur la chaîne WC, Paul Wesley (photo) a 31 ans et incarne un vampire emprisonné à l’âge de 17 ans. Meredith Monroe avait 29 ans quand elle campait Andie, 14 ans, dans Dawson’s Creek, et Gabrielle Carteris en avait 31 quand elle jouait Andrea Zuckerman, 16 ans, dans Berverley Hills, 91210. D’autres exemples? Tom Welling (Smallville) incarnait un ado de 14 ans quand il en avait 24. Au Québec, les acteurs de Watatatow vieillissaient à vue d’œil alors que leurs personnages restaient au secondaire. On se demande pourquoi les jeunes ont le goût de grandir trop vite? Ils sont exposés à des idoles qui sont supposées avoir leur âge, mais qui ont 10, voire
15 ans de plus qu’eux… (Rachelle Mc Duff)