Deux yeux, un écran, c’est suffisant
On y échappe difficilement, notre quotidien est meublé d’écrans stimulants qui dictent nos envies et parfois, même, nos pensées.
Ordinateur, téléviseur, téléphone intelligent, tablette, panneau publicitaire, j’en passe et des meilleurs. Ce que l’on voit, ce que l’on vit, se transmet par le biais d’un écran la plupart du temps.
Même nos relations… mais nous y reviendrons.
On s’entoure d’écrans et on choisit vers où on tourne notre attention. C’est un choix que j’aime et auquel je tiens.
Sauf que la nouvelle tendance chez les publicitaires, qui ont réalisé qu’il y avait une piasse à faire avec le multiplateforme, c’est de nous offrir une expérience télévisuelle immersive en dédoublant l’offre et les médiums véhiculant celle-ci.
Fondamentalement insidieuse, l’inclusion restait tout de même inoffensive. Une adresse courriel par-ci, un mot-clic par là, le tout coiffé d’une page Facebook dédiée exclusivement à l’émission que l’on visionne. Jusque-là, ça va, il s’agit d’une valeur ajoutée avec laquelle je suis capable de vivre sans broncher.
Là où le bât blesse, cependant, c’est quand une équipe de programmation fait des pieds et des mains afin que je regarde non seulement son offre télévisuelle, mais qu’en plus je la double d’une exploration additionnelle offerte sur mon téléphone ou ma tablette.
C’est ici que je trace la ligne.
Le réseau américain AMC était l’un des premiers à faire exploser cette tendance avec les story-sync lors des diffusions de Breaking Bad et The Walking Dead. L’hémorragie s’est depuis malheureusement trouvée une niche de notre côté de la frontière. Les Enfants de la télé nous proposent de suivre les coulisses de l’émission pendant les pubs et C’est juste de la TV s’appuie fortement sur l’interaction avec sa zone dédiée et ses sondages lancés au fil de l’émission. Je n’en nomme que deux, mais la réalité n’est pas isolée.
Mon regard est sollicité sur plusieurs écrans, en même temps, pour un seul et même produit. Sans parler d’une culture de la propagande, je me permets de froncer les sourcils et d’être inquiet.
Comme disait mon grand-père: «Trop, c’est comme pas assez».
Je peux comprendre la réalité de la télévision qui se déplace de plus en plus sur des écrans autres que celui du téléviseur physique au centre de notre salon. Par contre, ce qui m’échappe, c’est le besoin d’envahir tous nos écrans au lieu d’ajuster le contenu en fonction de la mouvance.
Il y a ici saturation, tant au niveau du contenant que du contenu.
Mon conseil: gardons nos yeux sur un seul écran à la fois. Décourageons les diffuseurs de succomber à la tentation de peinturer mur-à-mur tous nos appareils.
Résistons, dans la mesure du possible, aux vices du multiplateforme et savourons le peu de temps restant à ne pas diviser notre attention, paisiblement, devant notre téléviseur. Le reste de notre routine se chargera bien assez vite de nous épuiser les yeux à force de vouloir tout voir.