Émile Proulx-Cloutier: conteur enthousiasmant
Lorsque Émile Proulx-Cloutier ne tourne pas pour la télé ou le cinoche, il écrit des chansons qui, en spectacle, bouleversent des gens qui ne les connaissaient pourtant pas.
Depuis une bonne vingtaine d’années, les trippeux de chansons engagées ont placé Richard Desjardins au sommet de leur panthéon. Et depuis qu’ils ont compris que le défenseur des forêts allait accrocher sa six cordes de manière imminente, lesdits trippeux se demandaient qui reprendrait le flambeau. Puis arrive cet album d’Émile Proulx-Cloutier, Aimer les monstres, où le piano a la part belle et où les pièces, en plus d’être construites comme des plans séquences, recèlent des fulgurances et un humour irrévérencieux, style : «J’croise plein de minivans cercueils remplis d’humains qui en arrachent / À obéir un doigt dans l’œil d’un beau complet veston cravache (…) Pourquoi l’amour s’en va? Moé, j’donne ma langue aux chats / Pourquoi l’amour éclate? / Moé, j’donne ma langue aux chattes.» (Votre cochon se couche)
On se dit alors que la flamme ne s’éteindra pas de si- tôt. « Desjardins? J’admire cet homme dans son ensemble. Cela dit, il y a plein d’aspects de son travail, comme lorsqu’il fait des éditoriaux en chansons ou qu’il chante les femmes, que je ne peux pas associer au mien. Là où je pense pouvoir me relier à lui, et à d’autres, c’est dans le rapport au conte et dans la façon de jouer avec les mots. En plus de celles de Desjardins, il y a beaucoup de chansons de Vigneault ou de Brel qui s’inscrivent dans la démarche du récit.
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Quand tu écoutes Dédé Fortin et l’album Dehors novembre, il y a des films comme la chanson-titre ou Belzébuth. Sur le plan de la poésie, je suis très inspiré aussi par Patrice Desbiens. Il ramasse, par terre, des mots du quotidien, de la réalité, des mots auxquels les gens peuvent se référer immédiatement, puis il les soulève pour nous faire découvrir la poésie qu’il y a dessous. Il ne dit pas que la poésie est ailleurs, il la retrouve partout : dans un paquet de cigarettes, dans la bouteille que tu bois, chez ton garagiste…», s’enthousiasme tendrement l’Émile qui devrait nous mettre bientôt tous K.-O. avec la seule puissance de son piano et de ses mots.
Aimer les monstres
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