Culture

Avec The Sleeping Giant, le Canada a trouvé son Stand by me

Avec The Sleeping Giant, le Canada a trouvé son Stand by me

Présenté à la Semaine de la Critique, The Sleeping Giant, premier long métrage du canadien Andrew Cividino, a ému le public cannois. On y découvre le quotidien estival de trois adolescents, quelque part entre Sa majesté des mouches et Stand by me.

L’adolescence: ses douleurs, ses estafilades, ses joies, ses éclats… Autant de facettes qui ont souvent poussé de jeunes réalisateurs – pour le meilleur comme pour le pire – à se jeter sur ce thème inépuisable. Avec The Sleeping Giant, Andrew Cividino annonce la couleur d’entrée. Son traitement visuel, bien que traversé par de jolis instants suspendus, fait fi de symbolisme clé-en-main, de métaphores faciles et autres afféteries inhérentes aux premiers longs métrages sur le sujet. Bien au contraire, à l’instar de Stand by me, dont les contours éclairent tous les plans, le cinéaste s’attache avec simplicité aux petits riens, aux regards, aux sensations, aux vexations, aux éveils… à toutes ces choses qui, combinées, façonnent durablement l’adulte en devenir qui sommeille en chaque enfant.

« J’ai tourné ce film dans ma terre natale », a prévenu l’intéressé au public de La Semaine de la Critique, où il est en compétition. « Je voulais rendre palpable l’énergie de l’adolescence et la croquer de la façon la plus juste possible. » Forcément autobiographique (du moins, on l’imagine), son intrigue est axée sur les errances de trois jeunes garçons, quelque part aux abords du lac Majeur. Alors que le soleil arrose la vie et fait chanter les possibles, Adam se morfond chez ses parents. Mais quand il rencontre Riley et Nate, deux cousins très sûrs d’eux, ses vacances prennent une tournure inédite. L’ennui escompté laisse en effet place à un apprentissage intime.

Fragile et fort
Malgré une trame convenue, dont les grandes lignes ont été exploitées ailleurs jusqu’à leurs lies, Cividino parvient à imprimer sa sensibilité aux rapports qu’unissent les trois bonhommes. Tournant le dos à la mièvrerie, il explore les dédales d’une période où tout compte pour (sur)vivre: le poids des mots, des non-dits, les peurs enfouies, les délires de jeunesse, ceux qui forgent ou anéantissent…

Quelque part, The Sleeping Giant cartographie, à sa propre échelle, le squelette tentaculaire de la plus douloureuse des transitions, celle qui charrie des interrogations parmi les plus essentielles qui soient. Comment se construire? Comment quitter cet âge un peu ingrat sans horizon suffisamment lumineux? Comment s’affranchir des failles et respirer, un peu mieux, enfin? C’est fragile et fort, comme le dernier plan. On recommande chaudement.