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Le Festival de Jazz, toujours jazz et toujours pertinent

Michel Cusson, membre du groupe UZEB.
Michel Cusson, membre du groupe UZEB. Photo: Courtoisie - Nathalie Brien / FIJM

Sans renier sa première raison d’être, le Festival International de Jazz de Montréal (FIJM) a souvent offert, et encore aujourd’hui, ses tribunes à d’autres genres musicaux. Tant et si bien qu’il a déjà été qualifié de festival un peu «fourre-tout». Alors que s’amorce la 46e édition, trois acteurs importants de l’industrie expliquent à Métro pourquoi le festival continue d’être pertinent.

Au cours des dernières années, des artistes davantage réputés pour leur son pop-rock (le défunt Prince, Patrick Watson) sont devenus des icônes du plus célèbre des événements musicaux à Montréal. Un désormais mythique duo de rock microtonal expérimental appelé Angine de Poitrine constitue l’une des pierres angulaires de sa programmation 2026, de même qu’un vétéran des palmarès comme Lionel Richie, reconnu pour avoir communié aux autels d’à peu près tous les clans musicaux à travers les époques. Sans oublier la nouvelle sensation classique Sofiane Pamart.

Une affaire créative

L’illustre musicien Michel Cusson, icône du jazz et membre du légendaire groupe UZEB qui s’est produit à de multiples reprises au FIJM («J’y suis aux deux ou trois ans depuis les années 80», estime-t-il), juge «excellente» la question portant sur la vocation de l’événement. Il estime être «le bon gars pour y répondre».

«Le jazz, pour moi, c’est synonyme de créativité, lance Michel Cusson. C’est une toile d’araignée qui s’est déployée. Je suis content que le festival s’ouvre ainsi, car il n’y a pas qu’une seule façon de faire de la musique; il y en a de toutes les sortes! Il y en a de toutes les races, de tous les sexes, de tous les instruments. Juste à regarder YouTube…!»

«Le vieux jazz est encore bon, oui, mais il n’y a pas que ça. Certains artistes de blues ou de rock progressif ont une approche plus jam, plus jazz. Il n’y a pas qu’une façon d’approcher la musique. C’est ça qui est beau, l’ouverture d’esprit. Et les Montréalais sont forcément ouverts d’esprit, car ils assistent au festival depuis des années».

M. Cusson figure d’ailleurs dans l’excellent documentaire UZEB en Fusion, de Philippe Frenette-Roy. le film sera projeté en première au FIJM le 29 juin et sera à l’affiche dans les cinémas le 3 juillet.

Unique au monde

Christophe Rodriguez, journaliste musical qui couvre le FIJM depuis 36 ans, remonte plus de 25 ans derrière pour illustrer l’évolution du Festival International de Jazz de Montréal au fil des ans.

«À cette époque, il n’y avait rien, au Québec. Quand j’ai commencé, en 1990, à Radio-Canada, il y avait le Festival du Nouveau Cinéma (FNC), le Jazz et les Francos», commence Christophe Rodriguez. Il se remémore cette période où le FIJM était «une affaire de passionnés qui a grossi», portée à bout de bras par ses fondateurs Alain Simard et André Ménard. «Ils se sont battus pour que Montréal rayonne à travers la planète.»

 «Le Festival de Jazz est important pour deux choses», enchaînele journaliste, qui apparaît également dans le documentaire UZEB en Fusion. «D’abord pour l’écosystème musical montréalais, et aussi parce que ça met Montréal sur la mappe. Le Festival de Jazz, c’est le Festival de Jazz. Il n’y a pas une programmation au monde qui, pendant 10 jours, va offrir des concerts en salle et un nombre incalculable de concerts gratuits, tout ça dans une atmosphère bon enfant. Il n’y a jamais eu d’affrontement ni de bataille, jamais eu de problème. C’est un festival encore nécessaire. Son offre musicale, on ne peut pas la retrouver ailleurs.»

Christophe Rodriguez est suffisamment aguerri pour avoir couvert les années de gloire de ce qu’il appelle «les grands patrons du Jazz» qui sont passés par Montréal. Les Miles Davis, Sonny Rollins et Keith Jarrett de ce monde. Il rappelle également la «rampe de lancement» que fut le festival pour des étoiles montantes des années passées, comme Diana Krall, Michael Bublé et Melody Gardot.

«Je pense que les concerts intérieurs (du FIJM) sont des concerts de jazz, et à l’extérieur, il faut attirer le chaland», résume le journaliste pour illustrer la mission actuelle du festival. «Il faut attirer le touriste. Les gens écoutent du jazz, oui, notamment grâce à des services comme Spotify et YouTube, mais le jazz demeure quand même une musique de niche.»

«Avec son rachat par evenko, le Festival de Jazz fait aussi maintenant partie d’un écosystème mondial qui doit rapporter», ajoute-t-il.

Ouvert sur toutes les cultures

De l’avis de Maurin Auxéméry, directeur de la programmation du Festival International de Jazz de Montréal depuis six ans, ledit rendez-vous s’est toujours démarqué, justement, par ses ambitions de ratisser très large. Il avance que le ratio de jazz, sur l’entièreté de la programmation, est d’environ 50%.

«Le Festival de Jazz a toujours été très ouvert au niveau stylistique. Dès la première année, Ray Charles y jouait. Ça mettait la table pour le reste des 45 années suivantes. C’est un festival qui a toujours été ouvert aux musiques d’un peu partout, aux musiques du monde. Le rôle du Festival de Jazz est d’être le festival des Montréalais, avec une attention extrêmement particulière à plaire à toutes les communautés qui font de Montréal, ce qu’est Montréal.»

Maurin Auxéméry cite la place prépondérante accordée aux monstres sacrés locaux (The Barr Brothers, «Pat Watson», Flore Laurentienne), mais aussi aux pointures de différentes cultures, dans une perspective de représentativité.

«Les communautés latines, par exemple, sont toujours heureuses de se voir représentées avec des groupes légendaires du Pérou, de la Colombie ou du Mexique, comme Los Mirlos cette année.»

Il évoque aussi la présence de la chanteuse franco-haïtienne Naïka sur la scène TD, le 29 juin.

Le cas Angine de Poitrine

Cette année, bien que le menu du FIJM comporte plusieurs autres trésors, beaucoup d’yeux se tourneront, ce samedi, 27 juin, vers la prestation d’Angine de Poitrine sur la Place des Festivals.

Au-delà de leur allure de zigotos picotés, la maîtrise technique de Klek et Khn à leur guitare et leur batterie suscite l’admiration partout sur la planète. Y compris de la part de Michel Cusson, qui ne s’insurge absolument pas de voir le tandem aux nez proéminents accaparer l’attention au FIJM. Il trace même un parallèle entre le parcours des Frères Poitrine et celui d’UZEB.

 «Tout le monde a une certaine forme de naïveté, en musique. Souvent, on le fait pour l’amour de la musique et non pour l’aspect commercial. UZEB n’a rien fait dans un but mercantile, et ç’a fonctionné, avec les moyens qu’on avait à l’époque. Angine de Poitrine, eux aussi, ont fait ça pour l’amour de la musique. Non subventionnés, ils sont passés à travers tout le monde, avec un succès planétaire. C’est extraordinaire!», observe Michel Cusson.

«Angine de Poitrine était déjà chez nous l’année passée, précise Maurin Auxéméry. Au début, on devait faire un show surprise avec eux sur l’une des scènes du festival. Mais, voyant tout ça décoller, on s’est dit que ça serait bien de l’annoncer officiellement.»

«Chaque année, il y a toujours un groupe plus gros que le festival; cette année, c’est Angine de Poitrine. Tout le monde me parle d’Angine de Poitrine! Je pense que ça va « vomir » du monde de partout ce soir-là», complète le directeur. Celui-ci souligne que les rythmes instrumentaux et l’approche esthétique de Klek et Khn collent parfaitement au FIJM.

Christophe Rodriguez apporte tout de même une nuance quant à l’engouement autour du phénomène de l’heure. 

«Ça va être plein [lors du concert de samedi], mais Angine de Poitrine, est-ce que c’est un phénomène, ou c’est quelque chose qui va durer? Parce que je mets au défi l’auditeur moyen d’écouter Angine de Poitrine pendant 30 minutes. Pour la personne qui a écouté du jazz, du rock, du classique et du free jazz, Angine de Poitrine n’ont rien inventé. Mais si ça peut attirer les gens, tant mieux.»

Le 46e Festival International de Jazz de Montréal se tient du 25 juin au 4 juillet.

Trois événements à ne pas manquer au FIJM

Selon Maurin Auxéméry, directeur de la programmation:

Louis Cole Big Band, le 25 juin, à 22h30, sur la Scène Rogers. «Si vous voulez une expérience qui décoiffe! C’est un batteur qu’on retrouve régulièrement au Festival de Jazz, un artiste issu de cette scène jazz de Los Angeles qui dépasse les frontières, un peu décalé.»

Annahstasia, le 2 juillet, à 19h, sur la Scène TD. «Parfois, on tombe amoureux instantanément d’une voix au timbre particulier, aux intentions différentes. Je vous encourage à découvrir cette grande voix.»

Hania Rani, le 4 juillet, à 19h, à la Maison symphonique. «C’est une pianiste et compositrice polonaise, collaboratrice de Patrick Watson. Elle est dans un univers néo-classique, post-classique, absolument incroyable. On n’est pas dans l’électro, mais il y a quand même des sonorités électroniques malgré tout. Elle va faire son spectacle en version symphonique pour la première fois. On la recevra aussi en solo en concert surprise le 10 juillet au Studio TD, où elle aura un peu plus de claviers. Elle va s’amuser un peu plus! C’est chargé d’émotion, à la fois, doux, clair et obscur.»

Notons par ailleurs que Michel Cusson sera au Gesù les 30 juin et 1er juillet avec son concert en trio intitulé Voltage, toujours dans la foulée du festival. Aussi compositeur pour la télévision et le cinéma, le créateur de l’inoubliable trame sonore d’Omertà signe actuellement celles des séries Antigang et Dumas.

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