Un peu d’optimisme face aux crises du logement et de l’itinérance
Suis-je le seul à sentir un petit peu d’optimisme concernant les crises jumelles du logement et de l’itinérance? Avec les annonces de cette semaine et la volonté déjà affichée des différents paliers de gouvernement, j’ai comme l’impression que tout le monde a envie de mettre l’épaule à la roue.
J’explique un peu mon élan d’optimisme. Mardi, je suis sorti d’une annonce de Toit à moi. C’est un organisme qui achète des condos déjà existants pour loger rapidement des gens qui sortent de la rue. Je vous épargne les détails, mais en gros, ça permet d’agir en quelques mois seulement plutôt que d’attendre pendant des années que la Ville et le gouvernement accordent les permis et les subventions nécessaires pour construire un bâtiment neuf. Et c’est moins cher l’unité.
En cinq mois, ils ont acheté cinq condos et logé trois personnes (les deux autres s’ajouteront au décompte dans quelques semaines).
Fak j’étais un peu sur un high mardi, après avoir rencontré les gens derrière le projet. Sauf que tout projet a des faiblesses qui sont en fait l’envers de ses forces. Pour Toit à moi, le fait qu’on ne construit rien de neuf fait en sorte qu’au niveau «macro», il n’y a pas vraiment d’impact sur l’accès au logement. Peut-être une légère pression à la baisse sur le prix moyen des loyers, vu que c’est loué pour pas très cher, mais certainement pas quelque chose qui changera la donne de façon majeure.
On aide ici et maintenant des gens qui en ont grandement besoin, mais demain et après-demain, il y aura autant de gens dans la rue à Montréal.
C’est là que le projet d’un groupe de promoteurs immobiliers, décrit lundi dans La Presse, devient intéressant. Le groupe promet d’utiliser ses ressources et ses connaissances en construction pour permettre la construction 2500 logements pour personnes qui sortent de l’itinérance. Là, on parle d’un vrai bon coup de barre.
Des chiffres qui font peur
Ces 2500 logements – auxquels s’ajoutent les 1000 de Toit à moi – ne règleront pas la crise de l’itinérance, ni la crise du logement. Mais il y a au moins 10 000 itinérants au Québec – fort probablement plus que ça, mais les chiffres du dernier dénombrement n’ont pas encore été publiés – dont une majorité qui fréquente les ressources de Montréal. En loger le quart, ou même un cinquième ou un sixième, ça fera du bien à la métropole (sans oublier les bénéficiaires, bien entendu).
Mais c’est seulement SI – et c’est un très gros si – on réussit à réduire le coût du logement dans le marché privé. Chaque fois que le coût moyen d’un bail augmente, une nouvelle tranche de gens se retrouvent exclus par manque de fonds. Ou bien ils se font «rénovincés» par des proprios qui veulent casser leur bail pas cher et les remplacer par du monde qui peuvent payer plus.
Le portrait actuel n’est pas jojo. On a un peu ralenti la hausse frénétique du coût des propriétés, mais les loyers augmentent toujours. À Montréal, en début d’année, les loyers des appartements occupés avaient augmenté de 7,7% comparativement à 2024.
Ça sera encore le cas tant qu’on ne construira pas davantage d’unités de logement. Le taux d’inoccupation – qui donne une indication de la compétition dans le marché locatif, et donc sur les prix qui peuvent être demandés – a légèrement augmenté par rapport à son creux, mais on se trouve encore à 1,9% sur l’île de Montréal et 2,1% dans l’ensemble de la région.
Ça prend un marché à 3% pour que les loyers restent stables, et la CMM vise 5% pour enfin baisser les prix. On est loin du compte.
Les efforts gouvernementaux
Ce qui me rend optimiste dans toute cette affaire, c’est les efforts du gouvernement fédéral et de la Ville de Montréal. Surtout du côté d’Ottawa, où les mesures ont déjà participé à la diminution des loyers dans les marchés les plus chers (Toronto et Vancouver). Le gouvernement Carney a déjà mis certains terrains fédéraux à la disposition des promoteurs pour la construction de 4000 logements sur six sites. Question de ne pas attendre les autres ordres de gouvernement.
Dans le Grand Montréal aussi, les mises en chantier sont en forte augmentation. Lorsque les chiffre seront comptabilisés, on s’attend à ce que le nombre total de logements en construction atteignent les niveaux prépandémiques.
Bon… c’est plus à Longueuil et Laval que ça bouge. Notre nouvelle mairesse nous a promis de belles choses, mais il est trop tôt pour savoir si ça va se concrétiser. Notons toutefois qu’elle a déjà utilisé son droit de préemption pour acheter la carcasse du cinéma Paradis pour y faire construire des logements.
C’est aussi loin du nombre nécessaire pour faire baisser les prix : il faudrait tripler les mises en chantier. Mais c’est un bon début.
Maintenant faudrait juste que François Legault réalise qu’il y a une crise du logement au lieu de dire à Carney de ne pas dépenser dans ses champs de compétence…
Mais bon, au moins l’argent pour l’itinérance a augmenté, même au provincial.
Tout ça mis en semble, ça me rend optimiste. Peut-être que je suis naïf, mais j’ai l’impression que les astres sont alignés pour qu’on voit, bientôt, une stabilisation des problèmes liés au logement et à l’itinérance. Peut-être même une embellie.