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Un bon père

Photo: Yves Provencher/Métro

Quand j’étais petit et que je remettais mon père en question, tout mon argumentaire prenait fin en quelques mots à peine articulés. «Parce que c’est moi le père.» J’aurais pu débattre (tout seul) pendant 100 ans, je n’avais aucune chance de le convaincre, parce que c’était lui, le père.

Je ne voudrais pas d’un État totalitaire. Je ne voudrais pas qu’on décide pour moi et que je doive me soumettre «parce que c’est la loi». Seulement, je pense qu’un gouvernement est une autorité qui mérite respect et… qu’il doit avoir le temps d’installer cette autorité.

Mon père a eu toute une vie pour diriger sa famille et prouver qu’il faisait de bons choix. Il n’a jamais été remis en question, surtout pas tous les quatre ans. Si parfois ses décisions me semblaient discutables, rétrogrades ou incohérentes, le temps lui donnait toujours raison: il savait ce qu’il avait à faire pour nous rendre heureux, et il le faisait.

Les gouvernements passent et ne durent pas. Ils installent leurs cadres (beau jeu de mots) pendant les six premiers mois, gaspillent la première année à chercher des affaires inacceptables que le gouvernement précédent a cachées, éparpillent, sur la dernière année, des propositions de loi que l’opposition rejette. Ils s’obstinent tellement entre eux qu’on ne sait plus qui a raison. Puis, la saison des amours revient et ils diluent leur vision de nouveau pour se faire aimer.

Mon père ne perdait pas de temps à se faire aimer. Mais quand j’étais petit, c’était aussi un temps où on avait peur de la police et où on vouvoyait ses professeurs. C’était inné de respecter l’autorité. Pour se faire aimer, mon père faisait le père. Il n’a jamais essayé de détourner une partie de sa paie pour éviter de la donner à ma mère. Il n’a jamais dénigré les autres pères quand il en avait l’occasion. Au contraire, il les appuyait et était complice de leur autorité.

Il nous a fait voyager dans un petit char quand on n’avait pas les moyens d’en avoir gros, et il n’a jamais pris la différence d’argent pour aller aux danseuses.

Mon père avait trois choses simples pour être un bon père de famille et mériter le respect.

Il était bon, il était intègre.

Il était père, il était chef.

Il était de famille, il agissait pour nous.

Je ne sais pas si mon père aurait été un bon premier ministre. Souhaitons que notre nouveau premier ministre soit un bon père.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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