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Influenceur.euse.s et suppléments, un combo dangereux 

Des influenceur.euse.s vantent les suppléments, lancent des partenariats ou fondent leur propre compagnie pour en vendre. Mais devrait-on s'y fier? Photo: Métro

Une personne en bonne santé et avec une alimentation équilibrée n’a pas besoin de suppléments, s’entendent les scientifiques. Tout est dit, tourlou! Eh bien non, les choses ne sont pas si simples. L’industrie des suppléments – pensez vitamines, minéraux et protéines– s’adresse à tout le monde, y compris les gens qui n’en ont pas besoin, et leurs soi-disant bienfaits sont vantés par quantité d’influenceur.euse.s qui n’ont pas les qualifications pour le faire.  

Si quelqu’un sur les réseaux sociaux dit se faire des shakes protéinés pour l’entraînement ou consommer de la vitamine D durant l’hiver, sans suggérer à d’autres personnes d’en prendre, ça passe encore, estime Olivier Bernard, alias le Pharmachien.  

«Là où ça ne marche pas, c’est quand ça s’apparente à des conseils, c’est-à-dire d’affirmer que si vous avez tel problème, tel produit va vous aider, avance le vulgarisateur scientifique. C’est dangereux de faire ça.» Loin d’être banals, de tels conseils font partie de ce qu’on appelle l’exercice illégal de la médecine.  

Pas toujours bon pour la santé 

Non seulement une personne en bonne santé n’a pas besoin de suppléments, mais en plus, ceux-ci peuvent être néfastes: interaction avec des médicaments sur ordonnance, contre-indication avec un problème de santé existant, incertitude quant au contenu des suppléments ou leur provenance, problèmes de santé liés à une trop grande consommation de vitamines… tant d’éléments qui ne sont pas mentionnés à côté d’un #bienêtre sur Instagram.  

«En plus, si quelqu’un a un problème de santé et qu’on lui vend une solution miracle sur les réseaux sociaux, on allonge le temps avant que la personne se rende dans le bureau d’un médecin qui pourrait faire un diagnostic, et donc, le problème risque d’empirer», ajoute le nutritionniste Bernard Lavallée, qui a entre autres écrit le livre N’avalez pas tout ce qu’on vous dit. 

Attention: les conseils de santé doivent être donnés individuellement et selon vos besoins, soulignent les deux experts. Ça, ça veut dire qu’on ne peut pas donner de conseils grand public, même si un.e influenceur.euse se présente comme un.e professionnel.le de la santé.  

Qui plus est, il s’invente une panoplie de titres non réservés, avertissent les deux scientifiques. Si personne au Québec ne peut s’improviser diététiste ou nutritionniste, n’importe qui peut se présenter comme «coach en nutrition» ou «spécialiste de la santé holistique», se donnant ainsi une apparence de professionnalisme sans appartenir à un ordre professionnel qui régule son travail.  

«C’est ça qui me dérange chez les influenceurs, indique Olivier Bernard. Même s’ils ne donnent pas de conseils de santé, je trouve que c’est dommage qu’il n’y ait pas la contrepartie de parler des risques associés et de dire de consulter un spécialiste avant de prendre des suppléments.» 

La route vers l’enfer est pavée de bonnes intentions 

«Je suis persuadé que la très grande majorité des gens qui donnent des conseils en alimentation et en nutrition le font de bon cœur et en pensant sincèrement aider les gens», lance Bernard Lavallée, une vision partagée par le Pharmachien. C’est une des raisons pour lesquelles tous deux estiment que c’est dans l’éducation du public que se trouve la solution.  

La nutritionniste Myriam Beaudry et deux de ses collègues – l’épidémiologiste-biochimiste Kevin L’Espérance et le physiothérapeute Alexis Gougeon – développent une formation destinée aux influenceur.euse.s afin de mieux les outiller pour aborder des thématiques liées à la santé sur les réseaux sociaux. 

Si le projet en est encore au stade du développement, Myriam Beaudry affirme voir déjà une belle réponse des agences de marketing d’influence, entre autres grâce à l’approche collaborative du trio. «On ne veut pas être les scientifiques qui vont leur faire la morale, résume-t-elle. Les influenceurs ont le potentiel d’avoir un impact très positif auprès des gens qui les suivent. On sait que certains ont déjà été “call out” après avoir abordé des sujets liés à la santé, donc qu’est-ce qu’ils auraient aimé savoir pour éviter cela?» 

Un tel projet pourra prévenir des dérives, tout comme une nouvelle réglementation sur les suppléments. Santé Canada est censé mettre cette dernière à jour depuis 2016 pour exiger que les promesses figurant sur les bouteilles soient scientifiquement prouvées et que les risques potentiels soient indiqués sur les emballages.  

Mais Olivier Bernard et Bernard Lavallée estiment que les consommateur.trice.s doivent malgré cela développer leur sens critique par rapport aux suppléments et à tous les avis sur la nutrition (détox, jeûne intermittent, cures en tous genres, etc.) qui circulent dans les médias ou sur les réseaux sociaux, d’autant plus que donner des conseils d’alimentation n’est pas un acte réservé.  

«Quelqu’un qui dit de manger plus de fruits et de légumes, que ce soit un nutritionniste ou pas, je m’en fous! Le conseil reste bon, illustre Bernard Lavallée. La limite est difficile à cerner. C’est pour ça que, malheureusement, la responsabilité revient aux gens plus qu’à l’industrie ou au gouvernement. C’est à vous d’apprendre à vous protéger pour ne pas tomber dans le panneau et vous faire avoir par les mauvais conseils.» 

Quelques questions à se poser quand on reçoit des conseils d’alimentation ou de santé et qu’on veut savoir si on peut s’y fier, selon Bernard Lavallée.  

  • Est-ce que la personne dit que tout le monde devrait faire ça pour être en meilleure santé? 
  • Est-ce que ça a l’air miraculeux? 
  • Est-ce que la personne vend la solution au problème? 
  • Est-ce que la personne généralise son expérience personnelle en la conseillant à tout le monde? 
  • Est-ce que la personne utilise un vocabulaire extrême avec des termes comme «poison», «toxique», «magique»? 

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