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Rodarte tout en contraste

En à peine trois ans, Kate et Laura Mulleavy se sont fait un nom dans le  monde de la mode. Pour Sonia Rykiel, les deux sÅ“urs figurent parmi les jeunes talents qu’elle admire le plus; Karl Lagerfeld achète leurs vêtements et des éditrices comme Carine Roitfeld et Anna Wintour s’affichent à leurs défilés. Impossible de connaître un succès plus retentissant.

C’est le paradoxe qui caractérise leur histoire qui est peut-être le plus incroyable, puisqu’elles créent des robes fantastiques sans quitter leur patelin, Pasadena. «Je suis chanceuse de toujours habiter chez mes parents, affirme Laura Mulleavy. Plusieurs personnes ont dû réduire leurs dépenses dans le contexte économique actuel. Pour notre part, nous ne pourrions pas nous retrouver plus bas!»

Et les deux sÅ“urs préfèrent porter le pantalon. «J’espère que nous pouvons nous éloigner du concept voulant qu’une designer doive créer pour elle», ajoute Laura. À quelques heures du début de la Semaine de mode de New York, elle a interrompu ses préparatifs le temps d’une entrevue.

Quels sont vos souvenirs en matière de mode?
J’en ai quelques-uns. Ma grand-mère était chanteuse d’opéra. Je me souviens avoir vu ses costumes aux couleurs incroyables. Et Kate voulait les dessiner. Je me rappelle aussi avoir regardé de vieux films avec Cary Grant et Catherine Deneuve avec ma mère.

Vos créations intègrent généralement un élément fantaisiste. D’où cela vient-il?
Kate et moi, quand nous étions petites, vivions dans un monde de fantaisie. Nous avons grandi dans un environnement magique dans le nord de la Californie, entourées de champs de moutarde, de vergers et de ranchs. Partout où nous regardions, nous pouvions créer un monde imaginaire.

Quelle est l’inspiration de votre collection automnale?
Nous n’aimons pas parler de ce sur quoi nous travaillons avant de le présenter. C’est une superstition.

Le Women’s Wear Daily a récemment écrit que vous aviez atteint un autre niveau. Qu’en pensez-vous?
C’est difficile parce que nous habitons en Califor­nie, et c’est très différent du fait d’être au centre de la mode comme à New York ou à Paris. Par moments, nous le réalisons, puis nous passons à autre chose et retournons au travail. Nous avons vécu certains moments exaltants, comme lorsque nous avons vu Karl Lagerfeld acheter une de nos robes à la boutique Colette de Paris. Nous avons discuté un peu et ce fut un moment assez irréel. Et rencontrer Anna Wintour pour la première fois a aus­si été assez extraordinaire.

Même si vous êtes très populaires auprès de grands noms de la mode, vous restez à l’écart…
Je pense que tout est une question de circonstances. Nous avons toujours voulu être designers, mais nous avons choisi un chemin différent. Nous avons étudié à Berkeley et nous n’avons pas étudié en design. Ensuite, la chose la plus logique à faire était de retourner à la maison et de faire en sorte que ça fonctionne. Puis, nous n’avons pas ressenti le besoin de partir. La distance vient de là.

Vous êtes les premières femmes à gagner les Swiss Textile Awards. Les hommes dominent toujours les plus hautes sphères de la mode. Avez-vous déjà eu du mal à vous faire prendre au sérieux?
Il y a une raison pour laquelle il y a peu de designers de sexe féminin, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi. Cepen­dant, je sais qu’une femme a une expérience qu’un homme n’a pas. Les femmes aiment être habillées par les hommes. Ce n’est ni bon ni mauvais. J’ai aussi remarqué que les gens s’attendent à ce qu’une femme designer crée pour elle, et qu’ils n’exigent pas la même chose d’un homme. J’aime m’effacer complètement. La question n’est pas de créer pour moi.

La première chose que je dessinerais pour vous, c’est une robe, mais je n’aime pas en porter. Je me considère chanceuse d’avoir ce recul par rapport à mon travail. Ça me donne la possibilité de faire quelque chose de spécial. Quand nous nous attendons à ce qu’une femme dessine pour elle-même, c’est comme dire que la designer est une styliste et pas vraiment une designer. J’espère que nous pourrons nous éloigner de ces considérations.

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