Chez Doris: Se sortir de la rue, une nuit à la fois

Les intervenantes du refuge de Chez Doris accueillent une femme en situation d'itinérance qui vient y passer la nuit. Photo: Nicolas Monet/Métro

«Quand tu traites les gens de façon humaine, ils agissent de façon plus humaine», déclare l’intervenante au nouveau refuge de nuit de Chez Doris, Rebecca Joachim.

Elle résume ainsi l’approche de l’organisme montréalais, qui vient en aide aux femmes en situation d’itinérance. Métro a passé une soirée dans le refuge de nuit qu’il a ouvert récemment.

Depuis son inauguration le 19 septembre dernier, le refuge Elspeth McConnell accueille chaque soir 24 femmes, qui peuvent y rester jusqu’à 30 nuits consécutives.

Les femmes y arrivent entre 20h30 et 10h30. La plupart vont alors prendre leur douche ou enfiler le pyjama qui leur est fourni. D’autres vont socialiser dans la cuisinette ou dans les salles communes en profitant des collations à leur disposition.

Malgré l’apparence de la maison située au 1437, rue Chomedey – le bâtiment ressemble à une auberge de jeunesse fraîchement rénovée –, la vie n’y est pas toujours de tout repos. Les problèmes de consommation et les enjeux de santé mentale sont omniprésents, explique Rebecca Joachim.

Les intervenantes doivent régulièrement gérer des conflits interpersonnels, raconte-t-elle. Souvent, la solution privilégiée dans ces situations consiste à retirer les femmes impliquées dans le conflit et à les accompagner à l’extérieur.

Plus tu les aides, plus elles veulent s’aider.

Rebecca Joachim, intervenante de Chez Doris

Des tensions découlent parfois aussi de l’application des règles du refuge. «Tu n’es pas emprisonnée», répond alors Rebecca Joachim aux femmes qui se sentent brimées par l’encadrement, leur rappelant qu’elles sont libres de s’en aller à tout moment et qu’elles se sont engagées sur papier à respecter les règles du refuge.

Le quotidien est toutefois parsemé de moments plus réjouissants, relate Rebecca Joachim, qui cite en exemple la première nuit au refuge. «[Toutes les femmes] se parlaient, elles riaient», illustre-t-elle, expliquant avoir ressenti un réel «sentiment de communauté».

Un dortoir agité, mais confortable

«Cent ans de solitude, laisse tomber Teresa*, pour décrire son expérience au refuge en faisant référence au célèbre roman de Gabriel Garcia Marquez.

Arrivée chez Doris il y a deux semaines, la femme d’origine sud-américaine note que même si les autres usagères sont respectueuses, certaines semblent très perturbées. Elle reste donc seule la grande majorité du temps.

Teresa tient tout de même à être présente pour ses cochambreuses lorsqu’elles se confient sur leurs difficultés. «Il faut juste laisser les choses aller», leur conseille-t-elle, de façon philosophique, cette dernière ayant vécu son lot d’épreuves. De son propre aveu, elle est venue à Montréal pour s’extirper d’un «environnement toxique».

Le dortoir est relativement bruyant pendant la nuit, bien que le refuge soit confortable, explique-t-elle.

Analyste en informatique dans son pays natal, qu’elle a quitté plus tôt cette année, elle travaille présentement illégalement dans le milieu de l’hôtellerie afin d’être en mesure de payer ses études au Canada, qui lui permettrait de régulariser son statut.

Les refuges pour femmes, des ressources cruciales

La directrice générale de Chez Doris, Marina Boulos-Winton, tient à souligner l’importance d’avoir des ressources spécialisées pour les femmes en situation d’itinérance.

«[Les refuges pour femmes] ont une approche beaucoup plus individuelle, orientée sur leurs besoins particuliers», explique-t-elle.

Marina Boulos-Winton ajoute aussi que les femmes sont plus particulièrement affectées par les questions de garde d’enfants et de travail du sexe. Celles-ci sont aussi plus susceptibles d’avoir subi de multiples formes de violence et de traumatismes, dans la rue ou auparavant.

Notons que Chez Doris ne fait pas qu’héberger des femmes dans le besoin. Divers programmes de soutien, notamment sur les plans médical et légal ainsi qu’en aide au logement, sont offerts. Des activités récréatives et socio-éducatives sont aussi organisées. Par exemple, tout récemment, certaines femmes sont allées cueillir des pommes dans un verger.

L’organisme est financé à hauteur de 75% par des dons privés, la part restante du financement provenant principalement de subventions publiques.

* : Le nom a été changé afin de protéger son anonymat.

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