Cégep André-Laurendeau : la grève étudiante se poursuit… de justesse
C’est à la suite d’une assemblée qui a duré près de quatre heures et d’un vote très serré que les élèves de l’institution, représentés par l’Association générale des étudiants du Cégep André-Laurendeau (AGÉCAL) ont décidé de reconduire la grève pour une semaine additionnelle.
Au terme de l’assemblée, 364 étudiants ont voté en faveur de la grève alors que 332 d’entre eux se sont prononcés contre, prolongeant ainsi la grève jusqu’au 27 avril. Une autre assemblée générale aura lieu la journée précédente afin de décider si la grève sera reconduite ou non pour une autre semaine.
«Nous sommes contents des résultats, ça nous prouve que notre démocratie est directe et représentative de l’opinion des étudiantes et étudiants, ce qui est au centre du débat en ce moment», a affirmé Julien Mondor, président de l’AGÉCAL, au sujet de l’issue du vote. «Certains éprouvent des doutes quant à légitimité des assemblées, ce qui pousse les administrations à effectuer des sondages forcés comme on a vu récemment.»
Rappelons que le 13 avril dernier, la direction du Cégep avait demandé aux élèves de se prononcer dans le cadre d’un sondage électronique quant à la reprise des cours à André-Laurendeau. Parmi les 2944 étudiants sondés, 45,6 % ont voté pour la reprise des cours, 47,5 % ont voté contre, et près de 10 % ont décidé de s’abstenir. Si les résultats de ce sondage électronique avaient été en faveur de la reprise des cours, la direction aurait alors songé à forcer les élèves à retourner en classe.
Plusieurs étudiants remettent en question la valeur de ce type de sondage, qui va selon eux à l’encontre du processus démocratique. De plus, un document contenant une motion de blâme a été déposé par l’AGÉCAL au dossier d’évaluation du DG du cégep.
«Nous avions déjà discuté et établi lors de l’assemblée précédente que nous désirions poursuivre la grève. Je crois que c’est assez curieux, même troublant de la part de l’administration, de faire de l’ingérence dans les affaires des étudiants», affirme Nicolas Daoust, étudiant en sciences humaines.
Julien Mondor croit que le dénouement de la dernière assemblée prouve que le système en place est représentatif, puisque les résultats sont sensiblement les mêmes que le sondage effectué par la direction, qu’il qualifie lui aussi d’illégitime et de par sa nature même, non démocratique.
D’un autre côté, il croit qu’il ne faut pas que le conflit devienne un affrontement entre les étudiants et l’administration du cégep. «C’est un débat entre les étudiants et le ministère et il ne doit pas être «pelleté» dans la cour des administrations. C’est la ministre qui doit s’impliquer et gérer le débat», affirme M. Mondor, un étudiant en technique de génie civil.
Pour un retour en classe
À la vue du résultat de la dernière assemblée, il est évident qu’une proportion des étudiants souhaite la reprise des cours. C’est le cas de certains étudiants du programme de techniques infirmières et aussi en génie civil, qui ont proposé un amendement spécial qui leur permettrait de continuer les cours. Selon ces étudiants, la grève actuelle nuira au déroulement des stages qu’ils doivent suivre durant l’été. Leur proposition a toutefois été refusée par l’assemblée, certains des participants évoquant le besoin de maintenir un esprit de solidarité entre tous les programmes.
De son côté, Alexis Pitre-Bergevin, qui étudie en comptabilité à André-Laurendeau, croit que le mouvement pour la grève est entrain de s’essouffler. «Il y a 26 cégeps sur 48 qui ne sont pas en grève en ce moment et plusieurs étudiants vont bientôt finir leur session, dit-il. 300 000 personnes étaient dans les rues le 22 mars; nous sommes maintenant 170 000. (…) (L’équilibre du pouvoir) n’est plus le même. Le gouvernement ne pliera pas, je pense que c’est une évidence», conclut celui qui croit que les leaders étudiants doivent dorénavant changer de tactique.