L'OTNI de Marcel Sabourin
« »Heureux? T’as pas honte! » c’est plutôt comment ajouter à l’ordinaire le préfixe »extra »», explique Marcel Sabourin. «Parce que pour définir le spectacle, je vous avoue bien humblement, je n’en sais rien!», s’amuse-t-il. «Je parais dans cet ensemble, je commence par essayer de voir ce qui se passe, mais aussi ce qui s’est passé dans le moment présent et l’instant d’avant, il y a 10 minutes, ou la veille, dans nos têtes.»
«Je sais, c’est un peu bizarre; ce n’est pas une poésie, ni de la philosophie, ni de la religion, ni de l’improvisation et je ne suis pas un humoriste. Et le plus curieux, les gens sont là, bien patients. Ils pourraient partir, je leur dis qu’il n’y a rien d’intéressant, mais non, ils restent. Ils pourraient poser des questions, mais non, ils écoutent et attendent, patiemment. Je les trouve admirables; je leur dis d’ailleurs.»
«Une premier élément de réponse serait de dire que je suis fasciné par ce qui se passe dans nos têtes, comment les idées se manifestent dans le cerveau. J’en parle souvent avec mes deux gars médecins (Marcel Sabourin a quatre garçons dont deux sont comédiens). L’astronomie me passionne et le fonctionnement de l’univers me met en émoi, j’en suis baba et je reste béat.»
«J’ai la chance de manger trois fois par jour, d’avoir un toit, une famille chaleureuse qui m’entoure, poursuit le comédien. Je n’ai pas peur de la mort, mais de la maladie. Je n’ai pas trop de travail et en même temps je ne chôme pas, et j’ai une solide mémoire et la tête qui éclate de textes. J’ai donc tout pour me considérer heureux. Qu’est-ce que la vie quand on n’a pas de travail et qu’on ne mange pas à sa faim?»
Un optimiste indécrottable et contagieux
«Or nous vivons dans une société morose qui se plaint sans cesse. Ça m’irrite au plus haut point. J’ai des tas d’amis qui voient la société comme un enfer, alors que je la voie comme un monde extraordinaire. Chaque jour, je fais des affaires qui me donnent de la joie de vivre», développe l’homme de théâtre qui en appelle à l’histoire pour étoffer son propos.
«Pendant des siècles, on vivait sous l’emprise de fous et de rois sanguinaires. Selon les historiens, le 20e siècle, malgré les guerres effrayantes qui l’ont traversé, aurait été le moins meurtrier de l’histoire de l’humanité. Il y a moins de gens qui crèvent de faim aujourd’hui qu’au 17e siècle. Je trouve le monde actuel formidable, même s’il y a encore beaucoup à faire, mais on peut le faire. Les congés payés par exemple, seulement 1% des travailleurs de la planète en bénéficiait il y a 150 ans, contre plus de la moitié aujourd’hui. Sans parler de tout ce monde qui sait lire et écrire aujourd’hui… Tout cela m’ébahit.»
Comme un enfant devant l’océan
Prolongeant ce cheminement qui le fascine tant, Marcel Sabourin aborde ainsi son enfance difficile dont il ne garde pas de bons souvenirs, les travaux du CERN sur l’invisible, l’inexplicable, l’indicible et la part du divin qui se cache quelque part. «Le Pourquoi est plus souvent qu’à son tour dans le Comment», insiste-t-il. «L’infini, on a rien à en craindre, on est fait de ça!»
«S’il y avait un thème à notre soirée du 16 avril, je dirais »C’est quoi, exister ? »», résume Marcel Sabourin qui poétise en concluant «je regarde ce fait-là avec l’émerveillement d’un enfant qui trempe pour la première fois le bout de son orteil dans une vaguelette de l’océan sur une plage d’été…»
«Heureux? T’as pas honte!», de et par Marcel Sabourin en solo au Théâtre Outremont le mardi 16 Avril à 19h30 (21$, taxes incluses; 15$/étudiants/aînés).
Billetterie au 514 495-9944 du lundi au samedi de 14h à 19h ou en ligne sur admission.com (514 790-1245; Frais de services supplémentaires).