Violence conjugale : « Les gens doivent savoir tout le mal que ça peut faire »
« J’étais jeune et un peu perdue dans la vie, confie la jeune Pointelière qui a commencé à sortir avec son agresseur à l’âge de 14 ans. Si j’avais su que je n’étais pas la seule à être dans cette situation, ça aurait été peut-être un peu plus facile de m’en sortir. »
Celle qui garde encore les séquelles d’une relation tyrannique, souhaite aujourd’hui faire connaître son cas pour sensibiliser les gens à cette réalité qui touche une québécoise sur vingt.
« La violence conjugale est encore un peu taboue dans notre société. Je voudrais que les gens en parlent pour qu’ils soient de plus en plus conscients de tout le mal que ça peut faire. »
Quatre ans en enfer
Issue d’une famille d’immigrants, Camille a eu une enfance et une adolescence cloîtrée.
« Ma mère était très sévère. Je n’avais pas le droit de sortir de chez nous comme tous les autres jeunes que je côtoyais, raconte-t-elle. Je ne connaissais rien à la drogue, à l’alcool, aux relations de couple. Je ne savais pas comment ça se passait dans les autres maisons et j’avais envie de voir le monde. »
Elle a rencontré son ex-conjoint lors d’une fête où elle a été invitée par des amis.
« Il y avait beaucoup de gens, l’alcool coulait à flots. C’est là que nous avons commencé à sortir ensemble, se souvient-elle. J’ai commencé à manquer mes cours pour aller chez lui et on passait nos journées à boire et à être ensemble. »
Se rebellant devant les règles imposées par sa mère, Camille fuit et emménage chez son nouveau copain.
« Il habitait dans un 3 ½ avec ses parents, ses frères et sœurs, dit-elle. Nous étions au moins sept dans ce logement qui était très insalubre, mais j’étais heureuse d’être avec lui. »
Premier épisode de violence
Peu à peu, Camille a vu sa vie se transformer en un cauchemar où elle n’avait pas de contrôle.
« Je travaillais dans une chaîne de restauration rapide et je voyais toutes mes paies disparaître en deux jours. Il m’empruntait toujours de l’argent, mais je n’ai jamais su pourquoi. »
Lors d’une soirée arrosée, Camille a été victime d’une première agression de la part de son conjoint.
Accro à la cocaïne
Peu de temps après le premier incident, Camille a appris que son copain consommait du crack de façon régulière.
« Il est devenu de plus en plus violent. N’importe quel événement était une raison pour me battre. Il m’insultait et me disait à quel point tout était de ma faute, alors je culpabilisais en attendant que tout se règle. »
En 2009, Camille est tombée enceinte.
« Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, je me suis dit qu’un enfant était peut-être la solution à mon problème et que ça allait le faire changer, raconte-t-elle. J’ai eu tort, car quand il l’a appris, il est devenu vraiment violent. Il m’a donné des coups de poing dans le ventre. L’attitude de sa famille envers moi a aussi changé. »
« Souvent la nuit, je ronflais et ça le dérangeait. Il me donnait des coups de poing et me traînait dehors en plein hiver. Je gelais en attendant qu’il revienne, mais il ne revenait qu’aux petites heures du matin. Sa mère ne me permettait pas de manger, elle cachait la nourriture alors j’ai perdu beaucoup de poids pendant ma grossesse. »
Camille est restée trois ans de plus avec son conjoint. Elle l’a finalement quitté en 2012 à la suite d’une grave agression.
« Il a essayé de m’étrangler en présence de ma fille. J’ai appelé les policiers et tout s’est terminé cette journée-là. »
La sœur de Camille a confié à L’Avenir de l’Est avoir essayé de la convaincre de rompre avec l’agresseur à plusieurs reprises.
« Nous avons été plusieurs à lui dire qu’il lui faisait du mal, que c’était mieux de le laisser, mais elle s’entêtait. J’en veux à son ex-conjoint de lui avoir fait subir tout ce qu’elle a subi, mais je suis aussi très contente qu’elle ait réussi à s’en sortir », conclut-elle.