Défusion : la solution ou le problème?
C’est à la suite de l’annonce du nouveau conseil exécutif et de la désignation de Michael Applebaum au titre de maire par intérim de Montréal que le maire Coutu a tenu ces propos.
Rappelons que, quelques jours avant l’annonce de la démission du maire Tremblay, M. Coutu avait déclaré à l’Avenir de l’Est ne pas accorder sa confiance à M. Applebaum dans l’éventualité ou celui-ci prenait la tête de la Ville. « J’ai de gros doutes qu’Applebaum puisse changer quoi que ce soit, et les autres maires de banlieue aussi en doutent. Ça va prendre un coup de barre important pour changer les choses. »
Maintenant que les élus de Montréal ont choisi M. Applebaum plutôt que Richard Deschamps au titre de maire, M. Coutu affirme qu’un « ou l’autre, ça ne me dérange pas. Je veux que ça fonctionne ».
« C’est un problème de processus. Les maires des villes liées n’ont pas pu voter [pour le nouveau maire de Montréal], explique M. Coutu. M. Applebaum parle de coalitions, mais il pense juste aux parties. À Montréal, il y a un quatrième parti, celui des villes liées. Nous aurions apprécié un peu plus d’ouverture de sa part. »
Ce que le maire voudrait, c’est « un conseil d’agglomération sur lequel siégeraient les 35 représentants des villes [liées et des arrondissements] et l’abolition du conseil de Ville de Montréal. Il y a trop de paliers, trop de structures. » M. Coutu demande même des changements au sein du conseil exécutif. « Il y a 15 maires [des villes liées], mais 87 % des votes sont pour Montréal. Ce n’est pas de la démocratie. On vote contre et ça passe pareil. »
La mairesse répond
Sa voisine, la mairesse de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, admet que la structure de la métropole est lourde, mais elle refuse de prendre position. Elle attribue cette lourdeur aux défusions; « les fusions ont bien fonctionné partout sauf à Montréal », fait-elle remarqué. Mais faut-il abolir le conseil de ville pour autant?
« Bonne question, répond la mairesse. Il faut y réfléchir. C’est vrai qu’il y a beaucoup de structures et d’élus à Montréal. Il y a un cheminement à faire pour trouver comment travailler tous ensemble. Ça prend une réflexion et du leadership. »
La mairesse croit d’ailleurs que le processus en cours – la démission du maire Tremblay, le conseil exécutif de coalition et le ménage dans le processus d’attribution des contrats – permet de voir, et éventuellement d’améliorer, le fonctionnement de la Ville de l’intérieur.
Une structure municipale lourde
En ce moment, la Ville de Montréal compte cinq paliers. À la base de la structure municipale actuelle se trouvent les 19 conseils d’arrondissement qui s’occupe des pouvoirs de portée locale, tels l’urbanisme, la collecte des déchets, le déneigement, la culture, les parcs, etc. En plus de la mairesse, quelques conseillers siègent au conseil d’arrondissement et au conseil de Ville, qui constitue le deuxième échelon de la structure. Ce dernier est composé de 65 élus qui exercent un pouvoir sur la sécurité publique, les programmes de subvention, le plan d’urbanisme, etc.
Alors que le conseil municipal n’a juridiction que sur le territoire de la Ville de Montréal, le conseil d’agglomération a, pour sa part, une juridiction plus large qui domine l’ensemble du territoire de l’Île de Montréal, incluant les villes liées. Il est composé de 31 élus (15 élus de Montréal, 15 élus des villes reconstituées). « Les représentants montréalais détiennent environ 87 % des votes au conseil d’agglomération, tandis que ceux des 15 villes reconstituées ont, collectivement, environ 13 % des votes. Ces pourcentages sont proportionnels au poids démographique respectif de chacune des villes sur l’île », peut-on lire sur le site de la Ville de Montréal.
Le conseil d’agglomération règle les questions relatives à l’évaluation foncière, les services de sécurité, le logement social, le plan de gestion des matières résiduelles, l’alimentation en eau, le transport collectif, etc. Près de la moitié du budget de Montréal-Est est remis à l’agglomération pour financer ces services.
Le conseil exécutif, qui relève directement du conseil municipal, exerce des pouvoirs non seulement sur les services locaux, mais également sur ceux de l’agglomération. Enfin, le dernier palier est celui du maire de Montréal.