L’avenir des emplois en pétrochimie passerait par les grands projets d’oléoducs
L’arrivée de grands projets d’oléoducs serait essentielle à la sauvegarde d’emplois dans l’industrie pétrochimique de l’est de Montréal, selon des experts consultés par TC Média.
Selon Gregory Patience, professeur au département de génie chimique à l’École polytechnique de Montréal, l’arrivée de transport canadien permettra aux raffineries du Québec de rester compétitives et de poursuivre leurs activités encore plusieurs années.
«Nous payons trop cher pour ce pétrole brut, ce qui nuit inévitablement à l’industrie. Avoir accès à du pétrole de bonne qualité et économique est nécessaire si l’on veut rester concurrentiels dans le marché mondiale», explique M. Patience.
D’où vient l’importance du renversement de la ligne 9B d’Enbridge qui a augmenté la capacité de transport de cru de l’ouest canadien de 240 000 à 300 000 barils par jour, une bonne nouvelle pour l’industrie de l’est de Montréal, selon le professeur.
Le projet Énergie-Est de TransCanada qui vise la construction d’un pipeline d’une longueur de 4600 kilomètres afin de transporter 1,1 millions de barils de pétrole brut par jour de l’Alberta et de la Saskatchewan vers l’est du Canada serait également important. (lisez aussi: Énergie-Est : essentiel à la sauvergarde d’emplois à Montréal selon TransCanada)
Questionné sur la viabilité de ce type de projet, à la lumière de la chute incessante du prix du pétrole, le professeur s’est montré optimiste.
«C’est une industrie globale avec des problèmes globaux. Il y a deux ans, le prix du baril était de 100 $, aujourd’hui il a chuté à 35 $, rien ne peut nous dire qu’il ne remontera la pente d’ici les prochaines semaines», dit-il.
Une idée partagée par le professeur Jamal Chaouki de l’École Polytechnique.
«C’est difficile de prédire si le prix du pétrole va augmenter. Ce que je sais, c’est qu’on va encore avoir besoin de lui pendant les prochaines décennies, dit-il. L’industrie pétrolière est encore très prépondérante dans le domaine des énergies dans le monde, alors on peut dire que ces projets d’oléoduc sont non seulement viables, mais nécessaires. Ils contribueront de toute évidence à la sauvegarde d’emplois dans ce domaine.»
Jean Matuszewski, économiste et président de la firme Economic & Business Data nuance ses propos; même si la consommation de pétrole demeure élevée, elle le sera de moins en moins au cours des prochaines années.
«Nous avons encore besoin de pétrole, mais il y aura une réduction de ces besoins graduellement, alors il faut aussi commencer à penser à investir dans la conversion vers d’autres sortes d’énergies, notamment à des endroits comme l’est de Montréal où on pourrait déjà développer une expertise dans ce sens.»
Grandeur et déclin de la pétrochimie dans l’Est
En 2016, on compte près de 1500 emplois associés à l’industrie de la pétrochimie, soit trois fois moins que dans les années 70 alors que six raffineries avaient élu domicile dans le secteur de l’est de Montréal.
Aujourd’hui, il ne reste qu’une après la fermeture de Shell en 2010.
«À l’Association industrielle de l’est de Montréal (AIEM) nous sommes favorables aux projets d’Enbridge et de TransCanada. Ils créent un climat favorable à l’investissement ce qui assure d’une façon ou d’une autre la survie de l’industrie dans notre secteur», indique Dimitri Tsingakis, directeur général de l’AIEM.
Une opinion partagée par le maire de Montréal-Est, Robert Coutu. «Nous sommes conscients qu’il faut nous diriger vers d’autres types d’énergie, mais il faut aussi admettre que le pétrole est encore très important pour notre économie.»
«On ne peut pas nier que notre ville existe grâce aux pétrolières» – Robert Coutu, maire de Montréal-Est
Le jeu n’en vaut pas la chandelle
Pour Steven Guilbeault, cofondateur et directeur principal chez Équiterre, des projets tels que Énergie-Est ne sont «ni économiquement ni environnementalement rentables pour le Québec».
«Nous prenons trop de risques, pour très peu de bénéfices. Il faut une fois pour toutes nous concentrer sur les énergies renouvelables, il est là l’avenir, dit-il. Il y a seulement cinq ans il n’y avait aucune borne électrique au Québec, aujourd’hui il y en a 800 et ce chiffre va doubler d’ici 2020.»
L’environnementaliste va jusqu’à affirmer que le pétrole sera presque obsolète d’ici une vingtaine d’années.
«Le pétrole perd sa place très rapidement. Des études démontrent qu’il y a plus d’investissements dans les énergies renouvelables que dans les combustibles fossiles et les pays le savent, ce n’est pas pour rien qu’il y a eu un accord qui a été signé à Paris l’année dernière. Je ne suis pas sûr que d’ici 2050 on va encore consommer du pétrole au Québec, j’ai des doutes par rapport à ça.»
Néanmoins, TransCanada compte aller de l’avant avec son projet. L’ONÉ devrait l’étudier lors du premier trimestre de l’année et se prononcer au printemps prochain.