Saint-Laurent

Une enseignante du cégep de Saint-Laurent primée

Une enseignante du cégep de Saint-Laurent primée
Photo: Nouvelles Saint-LaurentAnne-Marie Voisard détient notamment un baccalauréat en psychologie et une maîtrise en études internationales.

L’enseignante en psychologie au cégep de Saint-Laurent, Anne-Marie Voisard, est la récipiendaire du Prix littéraire du Gouverneur général pour la publication de son essai Le droit du plus fort. Elle y fait un retour sur le combat mené contre de puissantes multinationales, en plus de réaliser une large critique du système juridique canadien.

L’auteure de 35 ans a reçu l’une des plus hautes distinctions littéraires au Canada pour son premier ouvrage.

Le point de départ de l’essai est l’aventure juridique qui a suivi la publication de Noir Canada, pillage, corruption et criminalité en Afrique, publié en 2008. On y trouvait des accusations de fraude, d’exportation illégale de minerai à l’endroit des multinationales Banro et Barrick Gold.

La parution du livre a entraîné deux poursuites contre la maison d’édition Écosociété, où Anne-Marie Voisard était responsable des affaires juridiques. Ce qui devait être un stage de quelques mois durant sa maîtrise en études internationales durera cinq ans.

Les entreprises minières réclamaient pas moins de 11 M$. L’affaire s’est soldée par des ententes hors cour qui ont notamment forcé Écosociété à verser des compensations et cesser la vente du livre.

Dans Le droit du plus fort, en plus de raconter son expérience, Mme Voisard analyse au passage le système judiciaire et la façon dont «les entreprises instrumentalisent le droit à leur avantage».

«C’est un ouvrage qui a une portée critique très grande, pointe-t-elle. J’ai trouvé que ça prenait de l’audace de la part du jury [du Conseil des arts du Canada] de sélectionner un essai qui soit aussi politique, radicale dans sa critique envers les institutions du Canada.»

Le jury le décrit comme «un récit émotif, lucide» et «un livre admirable et engagé qui résonne comme un cri d’alarme.»

Pressions

L’enseignante a d’ailleurs pris conscience des défis – surtout financiers –  qu’impliquent d’affronter de puissantes entreprises.

Durant les vingt jours d’interrogatoire hors cours, les représentants d’Écosociété pouvaient difficilement s’opposer face aux avocats des entreprises si certaines règles ou pratiques juridiques étaient transgressées.

«Si on s’oppose, c’est un juge qui va devoir trancher. Ça veut dire payer du temps d’audience, payer notre avocat pour passer une journée en cour», explique-t-elle.

Les requêtes qui s’accumulent, les nombreuses mises en demeure, les bavures des avocats: une charge psychologique s’impose également dans ce processus.

«C’était dans nos vies la fin de semaine. Ça n’arrête pas quand on arrive à la maison», dit celle qui enseigne au cégep de Saint-Laurent depuis près de 10 ans.

Mme Voisard ajoute que le système ne devrait pas décourager les citoyens, mais plutôt les aider à obtenir justice.

Une fois le dossier clôt, la pédagogue a quitté le pays à deux reprises pour Paris, où elle a partiellement rédigé son essai.

Multidisciplinaire

La portée des écrits de Mme Voisard est tant politique, juridique que sociale, ce qui serait cohérent avec son style d’enseignement.

Et c’est ce qui capte l’attention de ses étudiants, qui s’intéressent au croisement de ces différentes disciplines pour un seul enjeu.

«Il y en a beaucoup que ça inspire [son combat juridique], qui posent des questions sur mon parcours», explique celle qui a grandi à Châteauguay.

Si ce prix l’encourage à écrire de nouveau, d’autres projets attendent Mme Voisard. Elle collabore actuellement avec certains dramaturges.

 

Le droit du plus fort, Éditions Écosociété, 2018, 344 pages