Sud-Ouest

Comment les organismes d’aide aux sans-abri du Sud-Ouest font face aux restrictions

Des agents de la STM et du SPVM demandent à des personnes itinérantes de sortir d'une station de métro. Photo: Josie Desmarais, Archives Métro

Face aux nouvelles mesures sanitaires en vigueur à Montréal pour lutter contre la propagation de la COVID-19, les organismes communautaires et associations d’aide aux sans-abri doivent s’adapter.

L’équilibre est dur à trouver pour maintenir la qualité des services, tout en protégeant bénéficiaires et travailleurs, dans le respect des règles imposées.

«Pas là pour faire la police»

L’Auberge communautaire du Sud-Ouest héberge de jeunes adultes de Montréal en perte d’autonomie économique et sociale.

«On refuse d’agir comme une police, et de chercher à tout prix à faire respecter le couvre-feu» explique la directrice générale, Valérie Fortier.
«Notre objectif, et raison d’être, c’est de garder un milieu de vie commune et familiale, pour conserver la santé mentale des jeunes».

La directrice raconte que les résidents accueillis sortent notamment pour consommer de l’alcool ou de la drogue, et que l’équipe préfère les accompagner et les accueillir pour les mettre en sécurité, au lieu d’interdire et de «détruire le lien établi avec eux» comme cela avait pu se produire lors des précédentes vagues l’an passé. 

«On conserve les mêmes règles qu’en temps normal, sauf pour l’hygiène bien sûr, avec le port du masque et la désinfection encore plus régulière».

Dans le quartier de Pointe-Saint-Charles, la Mission du Grand Berger offre des repas chauds, et maintient une banque alimentaire ainsi qu’un magasin communautaire.

Dans le contexte actuel, son fondateur Wayne Taillon explique que l’équipe «continue d’offrir des repas chauds en extérieur en ville à 19h» mais ne dispose pas de lits dans le centre.

Se protéger de la COVID-19

La directrice de l’Auberge communautaire du Sud-Ouest évoque aussi la difficulté de poursuivre les activités du centre sur le plan sanitaire.

«Ça fait trois jours que je me bats pour essayer d’obtenir des autotests rapides. Quand j’ai contacté le CLSC ou le CIUSSS, on s’est fait dire qu’on n’était pas considérés comme prioritaires» s’indigne Valérie Fortier, qui a finalement enfin pu obtenir 25 kits jeudi 6 janvier.

« 25 kits. On accueille 20 résidents et on est 15 employés, je fais quoi, moi, avec ça ? » s’interroge-t-elle.

«Ma priorité c’est de protéger mon équipe et les résidents. On a donc pris la décision de ne plus accepter de nouveaux arrivants, tant qu’on n’aura pas accès à des tests».

«La vie des sans-abri, encore plus misérable maintenant»

Le directeur général de Résilience Montréal, David Chapman, témoigne notamment du sort réservé aux sans-abri qui se réfugient normalement la nuit dans le métro.

«Lundi, il faisait -18. Au square Westmount, proche de la RBC, j’ai vu un sans-abri qui cherchait un endroit autour du métro Atwater pour pouvoir dormir au chaud» explique-t-il en partageant la photo prise ce jour-là avec son téléphone.

Un sans-abri photographié lundi 3 janvier par David Chapman devant le métro Atwater.

De plus, précise-t-il, en restant à l’extérieur, les sans-abri s’exposent à recevoir un constat d’infraction pour non-respect du couvre-feu, comme cela s’était produit lors du premier confinement

A ce sujet, le SPVM précise que «Toute personne en situation d’itinérance, n’ayant pas de résidence ou de domicile fixe, est exemptée de l’application du couvre-feu et ne commet pas d’infraction à la Loi sur la santé publique lorsqu’elle est à l’extérieur durant les heures prescrites par le couvre-feu selon une décision rendue par la Cour supérieure en janvier 2021».

La tente d’urgence installée au square Cabot sert de la nourriture aux itinérants et reste ouverte toute la nuit. Mais elle ne peut accueillir que 15 personnes.

« Il faudrait des autorisations pour qu’ils puissent rester dans des endroits publics au chaud, surtout en temps de pandémie, et proposer d’autres équipements similaires, comme la tente du square Cabot, sous les ponts ou dans les allées de métro» explique-t-il.

En attendant, les itinérants sont redirigés vers d’autres organismes similaires à Résilience Montréal, mais l’évolution de la situation sanitaire complique l’organisation de tous les centres. C’est le cas de la Maison Benoit Fabre dans Saint-Henri.

«Un jour c’est ouvert, et le lendemain c’est fermé» lance David Chapman qui souhaite que la Ville donne «plus d’accès dans des lieux publics chauds notamment durant les heures de couvre-feu, sinon, ils vont mourir de froid».

Avec la participation de Patricia Miotto et Alicia Casteras.

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